C’est devenu une tradition. Chaque année, pour son numéro de la rentrée, La Gazette de la Mauricie dresse certains constats sur le système scolaire public du Québec.

Cette tradition découle de la volonté de La Gazette de contribuer à la construction d’une société plus juste, plus solidaire et plus participative. Or, l’éducation gratuite et accessible à toutes et à tous est le fondement d’une telle société.

Cette année, le comité de rédaction du journal a choisi de laisser la parole aux enseignantes et enseignants plutôt que de faire appel à des spécialistes externes ou que de consulter des rapports de recherche. Après tout, ils sont les premiers à vivre les effets des changements dans les écoles de la province.


Les enseignantes et enseignants cités ci-dessous ont gracieusement accepté de se prononcer publiquement sur certains enjeux et débats actuels relatifs au système scolaire québécois telles la réorientation de la formation des maîtres, l’instauration d’un ordre professionnel des enseignants, l’égalité des chances, les méthodes alternatives d’enseignement, l’approche par compétences, le décrochage scolaire, les devoirs ou la multiplication des écoles à vocation particulière. Voici les points de vue exprimés au sujet de l’intégration des nouvelles technologies dans les classes.


QUESTION

Les nouvelles technologies fournissent des outils (tableaux interactifs, tablettes, réseaux sociaux, etc.) de plus en plus employés dans les écoles. Comment voyez-vous l’effet de l’intégration de ces outils sur l’apprentissage des élèves ? Par ailleurs, percevez-vous des différences dans la manière d’apprendre des élèves qui côtoient dès la naissance ces technologies ? Si oui, comment pensez-vous que l’école devra s’adapter à cette réalité ?


RÉPONSES

« Les nouvelles technologies, qui font partie aujourd’hui du quotidien des familles, constituent une mine d’information pour l’élève, un peu comme le dictionnaire. C’est un moyen pour les amener à s’intéresser aux sujets d’apprentissage et à vouloir aller plus loin. Il ne faut pas oublier que l’élève doit se mettre en situation d’apprentissage. »

– Mireille Doucet Landry


« Tout d’abord, il est important de remettre les choses en perspective. En effet, les enfants grandissent avec les nouvelles technologies, mais ils ne les maîtrisent pas autant qu’on pourrait le croire. Ils connaissent ce qui les intéresse de ces objets technologiques. Par exemple, au niveau informatique, plusieurs jeunes ne savent pas utiliser une suite bureautique et parfois ils sont incapables d’enregistrer une pièce jointe, parce que ce n’est pas de cette façon qu’ils utilisent les technologies.

Néanmoins ils sont très ouverts, ils sont très autodidactes et ils aiment utiliser les nouvelles technologies en classe. Ces outils peuvent être d’excellents alliés pour un enseignant qui veut (et peut) prendre le temps de construire des activités pertinentes. Je ne peux pas affirmer que les élèves d’aujourd’hui apprennent mieux grâce à la technologie en classe, mais, par contre, il est certain que, pour les enseignants, c’est une autre façon de présenter et de proposer la matière aux enfants.

À mon avis, nous n’en sommes pas encore à éradiquer le papier des classes pour le remplacer par des tablettes, et aucune application ne remplacera un enseignant. »

– Mathieu Tremblay

Marie-Ève Auger« Les technologies doivent avoir une place en classe. Ce sont de formidables outils d’enseignement et d’apprentissage qui permettent des interactions, la connexion avec le monde qui nous entoure en temps réel et la création d’activités d’enseignement et d’apprentissage plus actives.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ne pourront jamais remplacer l’enseignant, car le lien entre l’adulte et le jeune est essentiel à la réussite scolaire de l’élève.

De plus, dans la société du savoir qui est la nôtre, il est important que tous les jeunes aient accès aux TIC afin d’apprendre à les utiliser efficacement et à bon escient tout au long de leur vie, que ce soit la navigation sur le Web, les réseaux sociaux, le courriel ou les applications. »

Marie-Ève Auger


« S’il “vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine” (Montainge), ces outils peuvent être tout aussi inutiles voire dangereux que formidables.

Ces outils sont-ils nécessaires à la formation d’une tête bien faite ?

” c’est le « mur de l’information » qui nous interdit désormais d’accéder à l’information. Cet excès (d’information) bloque la voie vers la connaissance. L’homme contemporain court ainsi le risque de devenir un ignorant bourré d’informations. ” écrivait Igancio Ramonet.

À lire et à méditer : Nicholas Carr, Internet rend-il bête ?, Robert Laffont, Paris, 2011, 320 pages »

Jean-Yves Proulx

Martin Lahaie« Lorsque les élèves peuvent manipuler eux-mêmes les technologies, exemple des ordinateurs portables avec un traitement de texte pour rédiger leur travail de recherche ou leurs rapports de laboratoire, cela les prépare mieux au contexte d’études supérieures car, pour ma part, ceux qui passent par ma classe, ont l’intention d’aller au CEGEP; alors se familiariser avec l’informatique est essentiel, je crois.

Pour l’enseignement, l’utilisation d’un tableau interactif est un outil très intéressant et utile car cela augmente les diverses façons d’enseigner autrement limitées par un tableau standard (vert, noir ou blanc). Mais, selon moi, il n’a que très peu d’impact sur l’apprentissage de l’élève si ce dernier ne manipule pas cet outil pour en exploiter toutes les possibilités. Dans un contexte d’enseignement individualisé à l’éducation des adultes, le tableau n’a que peu d’intérêt pour la plupart des matières, à l’exception de certains services comme  l’intégration sociale ou la francisation, c’est-à-dire là où les activités d’apprentissages sont souvent en groupe et en interaction avec les outils informatiques, dont le tableau interactif. Quoi qu’il en soit, on peut se dire que, si les technologies ont peu d’impact sur l’apprentissage des élèves, elles peuvent tout de même être d’un secours pour la manière d’aller chercher encore plus l’intérêt des élèves. Mais ce n’est pas la seule manière!

Et, le fait d’avoir grandi avec ces technologies?

Pour ma part, à l’éducation des adultes, dans plusieurs cas,  pour ne pas dire presque tous les cas, mes élèves ont eu très peu de contact avec les nouvelles technologies à l’exception du cellulaire et des médias sociaux. Ils ont énormément de la difficulté à s’en détacher. Contrairement à ceux qui ont reçu un encadrement adéquat à la maison et qui cadrent bien dans le système scolaire québécois, les nouvelles technologies sont souvent un handicap à l’apprentissage car ces dernières, comme le cellulaire, se retrouvent au centre de leur vie et ils en sont dépendants. En enseignement, et dans notre vie de tous les jours aussi, il ne faut jamais oublier de les voir comme des outils.

Je ne peux donc imaginer comment l’école s’adaptera à cette réalité, mais je sais qu’elle s’adaptera. L’adaptation ne peut venir que de l’école, il faut que la société s’adapte aussi à cette nouvelle réalité. Il n’y pas que l’école qui est affectée par cette réalité : les familles et le monde du travail le sont aussi… Je pense que l’adaptation se fera dans tous ces milieux à la fois en fonction des gens qui y réfléchiront et qui poseront des actions pour essayer d’améliorer leur vie. Un genre de « vivre ensemble » avec les nouvelles technologies… »

– Martin Lahaie

« On ne se cachera pas que les élèves que nous avons dans nos classes, en 2017, sont nés avec Internet. On les rejoint plus avec les nouvelles technologies. D’ailleurs, c’est aussi le cas des parents qui peuvent avoir accès à plus d’informations concernant leurs enfants, ce qu’ils font à l’école. C’est un bel outil pour un meilleur  rapprochement avec le milieu éducatif.

Malheureusement, par contre, on peut manquer de temps pour montrer aux élèves comment utiliser ces nouvelles technologies. Un exemple de base est le « doigté » quand nous écrivons au clavier. Nous manquons de temps, en classe, pour montrer à nos élèves ce « doigté » (ce qui peut être faisable avec un logiciel).

L’école a besoin de s’adapter à ces nouvelles technologies, ne serait-ce qu’au niveau du budget (c’est bien beau acheter du matériel, mais il faut en prendre soin, il faut l’entretenir!). L’exemple précédent avec l’apprentissage du « doigté » est un argument de plus; l’école devrait prévoir le « comment » bien utiliser notre matériel (par exemple, le clavier de l’ordinateur, les logiciels qui peuvent nous simplifier la vie, etc.).

Pour les technologies, dans le fond, nous pourrions voir ça de cette manière : nous, nous sommes nés à l’époque du téléviseur… qui est un objet faisant partie de notre quotidien. Les technologies comme l’ordinateur, c’est la même chose pour nos élèves. C’est un outil qui fait partie de leur vie. L’important, c’est la façon dont on apprend… peu importe les outils que nous avons à notre disposition. On suit donc l’évolution… »

Louis-Bernard Houle


« Sachant la place qu’occupe la technologie tant au niveau scolaire que dans la vie de tous les jours, il est indéniable que la génération présente au primaire se doit d’intégrer la technologie dans ses divers apprentissages d’autant plus qu’elle possède déjà plusieurs aptitudes sur le sujet que les générations antérieures ne possédaient pas. Les impacts sont positifs et forts instructifs pour eux dans la mesure ou les éducateurs et éducatrices réussissent à assimiler les diverses fonctions, outils et possibilités. Toutefois, nous ne pouvons exclure certaines méthodes plus « traditionnelles » qui ont fait leur preuve. En effet, il y aura toujours des jeunes qui auront différentes façons d’apprendre c’est pourquoi, nous devons nous assurer de bien comprendre les besoins des jeunes afin d’arrimer et d’adapter notre approche personnalisée. La technologie dans les classes n’est qu’un outil parmi tant d’autre. »

Nathalie Gravel

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