C’est devenu une tradition. Chaque année, pour son numéro de la rentrée, La Gazette de la Mauricie dresse certains constats sur le système scolaire public du Québec.

Cette tradition découle de la volonté de La Gazette de contribuer à la construction d’une société plus juste, plus solidaire et plus participative. Or, l’éducation gratuite et accessible à toutes et à tous est le fondement d’une telle société.

Cette année, le comité de rédaction du journal a choisi de laisser la parole aux enseignantes et enseignants plutôt que de faire appel à des spécialistes externes ou que de consulter des rapports de recherche. Après tout, ils sont les premiers à vivre les effets des changements dans les écoles de la province.

Les enseignantes et enseignants cités ci-dessous ont gracieusement accepté de se prononcer publiquement sur certains enjeux et débats actuels relatifs au système scolaire québécois telles l’intégration des nouvelles technologies dans les classes, l’instauration d’un ordre professionnel des enseignants, l’égalité des chances, les méthodes alternatives d’enseignement, l’approche par compétences, le décrochage scolaire, les devoirs ou la réorientation de la formation des maîtres. Voici les points de vue exprimés au sujet de la multiplication des écoles à vocation particulière.


QUESTION

Les écoles publiques du Québec proposent souvent des programmes spécialisés pour se démarquer et attirer une « clientèle » particulière, par exemple programme international, langues, musique, théâtre et sports. Comment percevez-vous la proposition de ce type de spécialisation éducative ? Favorise-t-elle une meilleure éducation pour tous les citoyens et toutes les citoyennes? Pourquoi?


RÉPONSES

Éric Poulin

« Cette question découle, selon moi, de l’image sociétale de l’éducation, c’est-à-dire de la vision que la société se fait maintenant de l’enseignement en adoptant l’approche “client” pour les enfants et les parents. Personnellement, je suis contre cette spécialisation éducative qui vide les écoles de quartier. Et il ne faut pas penser que ce phénomène n’existe qu’au secondaire; il est bien présent au niveau primaire… Et c’est bien trop tôt pour les élèves qui doivent choisir une certaine “spécialisation”. Cela contredit le principe de base de l’éducation publique selon lequel chaque élève devrait avoir la possibilité de “toucher à tout”. Cela réduit l’aspect des “apprentissages sommaires de toutes les disciplines” que l’on doit faire quand on est jeune !

Il faut bien comprendre une chose : les programmes spécialisés dans les écoles publiques ont été créés pour concurrencer le réseau privé, et non pas pour procurer des avantages aux élèves. Autrement dit, on a instauré des écoles privées dans le réseau public !

Il serait aussi intéressant d’analyser les effets de ce phénomène sur la “vie de quartier”. Si les jeunes s’éparpillent dans diverses écoles autres que celle de leur quartier, vont-ils jouer dehors après l’école avec leurs amis d’enfance qui demeurent juste à côté ? Pourraient-ils y avoir des liens qui s’effritent et se perdent parce qu’ils ne fréquentent plus la même école ? » 

– Éric Poulin

Cathy Morissette« On a beau dire que ces écoles spécialisées sont pour tout le monde, il n’en reste pas moins que tous les enfants n’y ont pas accès. Il faut d’abord que les parents soient informés qu’elles existent et qu’ils fassent l’effort d’aller inscrire leur enfant ailleurs que dans leur école de quartier.

Dans notre école, nous avons beaucoup de parents qui n’ont pas d’auto et pour qui c’est moins compliqué de venir ici. Certains ne sont pas très scolarisés et ne feront pas de “recherches” pour le choix de l’école de leurs enfants. Donc, je pense que, même si ces écoles à vocation spécialisée sont dans le réseau public, elles restent quand même inaccessibles à certains enfants. Je ne suis pas contre l’existence de ce type d’école, mais le fonctionnement ne donne pas la chance à tous d’y accéder. Je mentirais si je ne disais pas que cela vide pas mal notre école de certains “bons éléments”. La composition de la classe se trouve appauvrie par la désertion de nos bons élèves vers les écoles spécialisées. On se retrouve parfois avec très peu d’éléments qui tirent le groupe vers le haut. »

– Cathy Morissette

Marylène Gélinas« Oui, il faut amener de l’eau au moulin, c’est-à-dire qu’il faut “combattre” présentement la dénatalité en offrant des programmes particuliers pour attirer la clientèle à l’école. Oui, ces programmes spécialisés peuvent motiver des élèves qui ont des talents en musique, en sports, en arts, etc. Mais il faut faire attention à ce que certains appellent la “ségrégation scolaire”. Pour les élèves qui ne savent pas trop ce qu’ils aiment, pour les élèves provenant de milieux défavorisés, ces programmes ne sont qu’une façon de plus de leur dire qu’ils ne sont pas bons, qu’ils sont pauvres, qu’ils ne font pas partie de l’élite ou pire encore : qu’ils ne font pas partie de la “gang”. »

– Marylène Gélinas


 

« Toutes ces formations devraient être accessibles à toutes et à tous. Malheureusement des coûts supplémentaires sont souvent facturés aux parents, les jeunes provenant de familles moins fortunées ne pourront y avoir accès. »

– Jean-Yves Proulx


« Non cela contribue à une certaine forme de discrimination entre les élèves plus doués et ceux qui le sont moins, entre les élèves issus de familles plus financièrement aisées et ceux provenant de familles moins fortunés. »

– Mireille Doucet Landry

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