Alice Grinand, décembre 2018

Que ce soit dans l’imaginaire collectif ou dans les rapports officiels, les campagnes dépendent des villes. Ainsi, dans la Politique nationale de la ruralité 2014-2024, on nous apprend qu’« on ne peut plus espérer des villages prospères sans des villes, une métropole et une capitale prospères ». Voilà, c’est dit. Un village ne peut s’en sortir sans une ville.

Heureusement, des voix dissonantes se font entendre. La campagne de sensibilisation Tous ruraux, dont le porte-parole est le conteur mauricien Fred Pellerin, veut souligner l’interdépendance des villes et villages, et non la dépendance de l’un par rapport à l’autre. L’objectif principal de cette campagne est de rétablir les liens entre ruraux et urbains.

L’interdépendance du monde urbain et du monde rural se manifeste particulièrement dans le secteur agricole. Ainsi, si la production agricole se passe bien évidemment surtout dans nos campagnes, la transformation agroalimentaire, elle, est implantée davantage dans les villes, notamment dans la région montréalaise où sont générés 66 % des revenus et emplois du secteur.

À une échelle plus individuelle, cette complémentarité mériterait également d’être mieux valorisée. Par exemple, toujours dans le secteur agricole, ne pourrait-on pas faciliter les liens entre les producteurs ruraux et les consommateurs urbains ? En d’autres mots, pourquoi Trois‑Rivières ne dispose-t-elle-même pas d’un marché public permettant à la population trifluvienne d’encourager les producteurs locaux et régionaux, mais aussi d’entrer en contact direct avec ces acteurs essentiels de l’agroalimentaire ? Heureusement, de plus en plus d’options sont proposées pour garantir ce lien de proximité, notamment par le choix de certains commerces de proximité de garantir un achalandage en produits locaux, par l’implantation croissante des paniers bio (agriculture soutenue par la communauté) ou encore la marque MIAM, qui atteste à la population mauricienne la dimension locale du produit.

DES LIENS À RECONSTRUIRE

Nos villes et nos campagnes ont besoin les unes des autres. Néanmoins, ne pourrait-on pas d’abord reconsidérer ces liens ? Il faudrait en effet cesser de concevoir le développement urbain et le développement rural de façon séparée. À l’heure où toutes les politiques instaurées devraient prendre en compte le changement climatique, cette complémentarité pourrait être envisagée de façon durable et offrir ainsi une réponse à la dévitalisation des villages. Dans un écosystème, chaque élément est lié aux autres, et notre territoire ne fait pas exception.

La coalition Solidarité rurale du Québec, qui a pour mandat de promouvoir la revitalisation et le développement du monde rural, table sur plusieurs caractéristiques communes de nos campagnes, dont « un rapport particulier à l’espace, à la nature, au climat et aux saisons ; une sociabilité particulière et un fort esprit communautaire au sein de collectivités où les membres se connaissent et s’identifient au territoire » ainsi que « l’exercice d’une gouvernance locale de proximité ».

Ces caractéristiques ne sont pas aussi utopiques qu’elles peuvent le paraître, et elles s’expriment aussi dans les subtilités du quotidien. Ne mériteraient-elles donc pas d’être soutenues, tant dans le monde rural qu’urbain, sous l’aspect de leur complémentarité, pour apporter des solutions aux enjeux démocratiques et environnementaux actuels dans notre société ?

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