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Valérie Deschamps – juillet 2020 

La crise de la COVID-19 a mis en lumière de nombreuses problématiques au sein de nos instituons de santé et de soins pour ainés. Cette situation, décriée bien avant les derniers mois, nous aura également permis de nous questionner quant aux relations que nous entretenons avec le fait de vieillir, mais également sur nos relations intergénérationnelles. Considérant que le nombre de gens qui seront âgés de 65 ans et plus au Québec passera de 19,3 % en 2019 à 28 % en 2066, quelle place réserve-t-on aux aînés ? Comment percevons-nous le fait de vieillir ? Comment organisons-nous nos structures et nos réflexions quant à la vieillesse ?

L’animatrice des 5 à 7 de La Gazette, Valérie Deschamps, effectue un retour sur notre balado de juin: Vieillir au Québec. Nous y recevions : – Ginette Aubin, professeure au département d’ergothérapie à l’UQTR; – Martin-Charles St-Pierre, directeur général associé chez Ménagez-vous;- Nicole Poirier, directrice de Carpe Diem – Centre de ressources Alzheimer

Une standardisation du « parcours de vie »

Le « parcours de vie » est un concept sociologique mettant en relation le cheminement de vie d’un individu et la société dans laquelle il évolue. Ainsi, il s’inscrit dans une analyse socioculturelle et politique. D’ailleurs, selon Martin-Charles Saint-Pierre, co-directeur de l’entreprise d’économie sociale Ménagez-vous, le terme « fin de vie » utilisé pour parler de la fin de ce parcours ne devrait pas être utilisé dans son absolu. « La fin de vie, se décline sur plusieurs années, non pas sur un moment précis », précise-t-il.

Traditionnellement, le soin des personnes aînées passait par la cellule familiale. De ce fait, la modernisation de nos sociétés a individualisé davantage les rapports entre l’État, ses structures et les citoyen.ne.s. Les rapports intergénérationnels sont alors bousculés et standardisés. Les structures de l’État dictent, en quelque sorte, la fin de ce parcours de vie. Pour Nicole Poirier, directrice du Centre de ressources Alzheimer Carpe Diem, tout est déjà dessiné au Québec. « CHSLD, RI, RPA. La ligne est tracée. Si les gens ne sont pas dans un de ces établissements, ils sont dans une résidence privée à but lucratif. Il est temps qu’on sorte des sentiers battus », affirme-t-elle. Une piste de solution semble unanime : il faut revoir nos rapports avec le fait de vieillir mais également entre les différentes générations.

Choisir au meilleur de ses capacités

Au Québec, l’autonomie physique et psychologique des individus guide en grande partie la fin du parcours de vie. Ainsi, selon une catégorisation allant de 4 à 14, 14 équivalant au plus faible degré d’autonomie, les personnes aînées sont généralement dirigées vers les 3 principaux types d’hébergement. Ce sont environ 200 000 personnes aînées qui sont alors prises en charge par ces institutions dont une forte majorité dans des résidences pour aînées, souvent à but lucratif.

Le mouvement Vieillir chez moi, c’est gagnant demande d’ailleurs au gouvernement d’aider les personnes aînées à améliorer la qualité de vie de ces dernières années du parcours de vie et réduire ainsi la pression effective économique et humaine dans les soins d’hébergement et de santé aux personnes aînées. Certes, les travailleuses et travailleurs des sites d’hébergement font tout en leur pouvoir pour favoriser un confort et une dignité humaine, mais force est de constater que le manque d’effectif est criant. Favoriser l’autonomie des personnes résidant dans ces institutions ne fait pas partie des priorités du personnel soignant, selon Ginette Aubin, professeure en ergothérapie à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Alors que la santé est décrite comme étant la capacité d’un individu à faire face à son environnement physiquement, émotionnellement et socialement, chaque individu devrait être en droit de se demander quel serait le meilleur chemin pour la fin de ce parcours de vie. Comme le mentionne le regroupement Vieillir chez moi, c’est gagnant, l’aide à domicile leur permettrait de « protéger [leur] qualité de vie, retarder [leur] perte d’autonomie, maintenir [leurs] liens avec [leurs] proches et [leur] communauté et faciliter [leurs] relations familiales. » Pour M. Saint-Pierre, l’importance des discussions du sujet du « bien vieillir » doivent se faire tant au niveau global (sociétal et étatique) qu’au niveau individuel et familial. « Les générations concernées actuellement ne discutent pas énormément de cette situation », soutient-il. Cela dit, la crise de la COVID-19 pourra favoriser ce genre de discussions dans les familles.

Entre 2011 et 2020, le nombre de bénéficiaires de soins à domicile est passé de 178 000 à 360 000 personnes. Il nous est possible de croire que ce nombre pourrait bondir avec la crise que nous traversons dans les institutions d’hébergement. Mais les ressources seraient insuffisantes pour les organisations proposant une alternative aux institutions d’hébergement, selon M. Saint-Pierre.

Pour bien vieillir au Québec; individuellement et collectivement

Pour Ginette Aubin, favoriser le plus longtemps possible l’autonomisation des personnes aînées devrait être au cœur de nos rapports sociaux. Certes, la retraite ayant sonné, les personnes aînées ne contribuent pas de la même manière aux recettes fiscales de l’État, mais elles sont des personnes très actives dans nos collectivités par leur engagement et leur dévouement. Permettre à ces personnes de vivre le plus longtemps possible en leur demeure en fournissant une aide adéquate pour des tâches du quotidien, pourrait favoriser cet engagement dans la société, tout en vieillissant dans le respect et la dignité.

Le financement de l’aide à domicile coûterait moins cher à l’État. Le coût par individu en hébergement oscille entre 50 000 $ et 80 000 $ par année en plus de la contribution allant de « 1 500 $ à 2 000 $ par mois par individu selon le type de chambre ». Le coût de l’hébergement est donc très élevé comparativement à celui du soutien à domicile qui se situe vers les 10 000 $ seulement.

Selon nos invités de l’épisode du 17 juin, le concept d’hébergement place les personnes aînées dans une situation de dépendance extrême et non pas d’autonomie, de choix, de solidarité sociale. La crise de la COVID-19 nous aura permis de nous questionner. « Les personnes aînées ne devraient pas être vues comme un fardeau, mais plutôt comme un atout à notre société; il faut favoriser leur autonomie afin qu’elles puissent bien vivre jusqu’à la fin si les capacités le permettent », affirme M. Saint-Pierre.

Découvrez notre dossier Se refaire une santé

 

 

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