Départ de Raúl Castro

Par Pierre Lavergne, septembre – octobre 2018

 L’élection de Miguel Diaz-Canel Bernudez à la présidence de l’État cubain provoquera-t-elle un vent de changement au sein de la société cubaine? C’est la question qui semble tourner en boucle dans nos médias depuis le départ à la retraite de l’ex-président Raúl Castro qui avait accédé à la plus haute fonction du gouvernement cubain suite au retrait de son frère Fidel en 2006.

S’il est vrai qu’il s’agit d’un changement majeur, les frères Castro ayant occupé la présidence du pays depuis 1960, la question en elle-même révèle une certaine ignorance des dynamiques en cours au sein de la société cubaine puisque, ainsi posée, elle laisse entendre que les choses ne bougent pas à Cuba.

Une nouvelle constitution

Un observateur averti constaterait que, contrairement à ce qu’on laisse entendre, les choses changent à Cuba. Un projet de nouvelle constitution a été adopté par le Parlement cubain en juillet dernier. Si celui-ci réaffirme « le caractère socialiste » du système politique cubain et maintient le rôle dirigeant du parti communiste – parti unique – il reconnaît dorénavant le rôle du marché dans l’économie de l’île, ouvrant ainsi la porte aux investissements étrangers tout en autorisant diverses formes de propriété, notamment la propriété privée. Ce projet fera d’ailleurs l’objet d’un vaste débat populaire au cours des prochains mois suivi d’un référendum national préalable à son adoption finale.

Mais au-delà des interrogations de la presse occidentale sur l’avenir de la société cubaine, il n’en demeure pas moins que Cuba se démarque des autres pays d’Amérique latine non seulement par la nature de son régime politique, mais également par des avancées sociales remarquables reconnues internationalement, notamment au plan de la santé et de l’éducation.

Des soins de santé exemplaires

Selon l’UNICEF, Cuba est le seul pays d’Amérique latine sans malnutrition infantile. Le pays affiche, au demeurant, le plus bas taux de mortalité infantile de l’ensemble du continent, Canada et États-Unis compris. Le système de santé cubain est mondialement reconnu pour son excellence et son efficacité. En dépit de ressources extrêmement limitées et des sanctions économiques imposées par les États-Unis depuis 1960, Cuba a réussi à universaliser l’accès aux soins à toutes les catégories de la population. Des résultats salués par la direction de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Éducation gratuite de la maternelle à l’université

Dans un rapport publié en 2014, la Banque mondiale affirmait que Cuba dispose du meilleur système éducatif d’Amérique latine et des Caraïbes avec « des paramètres élevés, du fort talent académique, des rémunérations élevées ou du moins adéquates et de l’autonomie professionnelle élevée qui caractérisent les systèmes éducatifs les plus efficaces au monde ». Il faut savoir que l’accès à l’éducation à Cuba est gratuit de la maternelle à l’université. Et cela, partout sur l’île même dans les zones les plus éloignées. Les petites écoles situées dans ces régions ne comptent parfois que quelques élèves mais on y trouve dans chacune un professeur, un ordinateur et un téléviseur permettant de recevoir des cours à distance.

Certes, l’arrivée d’une nouvelle génération à la tête du gouvernement cubain va s’accompagner de changements importants, mais il serait toutefois étonnant que la population cubaine veuille voir survenir des changements remettant en question les avancées sociales dont certaines, en matière de santé et d’éducation notamment, font l’éloge d’organismes aussi prestigieux que l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la Santé et de la Banque mondiale.

Pierre Lavergne

lavergnepierre@outlook.com

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