Alain Dumas, septembre octobre 2018

Philippe Couillard, qui se vante d’avoir assaini les finances publiques, affirme que le Québec se porte mieux après un mandat marqué par l’austérité budgétaire. Mais à quoi auront servi les milliards de dollars de surplus engrangés ?

Au début de son mandat en 2014, le gouvernement Couillard impose une médecine de cheval au système public québécois. D’entrée de jeu, il met en place une stratégie de communications pour faire avaler la pilule de l’austérité budgétaire affirmant que Québec traverse une crise financière. On répète sur toutes les tribunes que le Québec se dirige vers un mur si le gouvernement ne corrige pas le tir. Pour bien marquer les esprits, on évoque alors des déficits de 5,6 milliards $ en 2014-2015 et de 7,6 milliards $ en 2015-2016. Des économistes ont beau affirmer ne pas comprendre d’où viennent ces chiffres, le gouvernement se lance rapidement dans des compressions de 4 milliards $ dans l’éducation et la santé, et de 2 milliards $ dans les infrastructures.

Si le but affiché du gouvernement est d’équilibrer le budget, il semble que le gouvernement possède un autre agenda. Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor, affirme que l’opération  constitue également un « repositionnement » de l’État (Le Devoir, 17 octobre 2014), ce qui rejoint la pensée de Philippe Couillard, qui disait s’inspirer du livre «The Fourth Revolution»[1] (Le Devoir, 6 octobre 2014), un essai économique prônant la baisse des services publics et la diminution des impôts au profit du secteur privé.

Dès l’apparition des surplus budgétaires, le gouvernement annonce donc, en 2017, des baisses d’impôt de 4,5 milliards $ récurrentes, donc à chaque année, pour les entreprises et les contribuables. Pour redorer son blason, le gouvernement multiplie les annonces d’injection d’argent en santé et en éducation. Mais les montants annoncés représentent 200 millions $ par année (0,2 % du budget en santé et en éducation). Plutôt que de réinvestir dans les services publics dégradés, le gouvernement poursuit son virage néolibéral qui consiste à diminuer les impôts.

À qui profitent réellement les baisses d’impôt ?

Toutes les vagues d’austérité qu’a connu le Québec depuis 20 ans ont été suivies par des baisses d’impôt. C’est pourquoi le taux d’imposition réel des Québécois ne cesse de diminuer depuis 25 ans. Il a diminué de 25 % pour un revenu de 100 000 $ entre 1994 et 2017. L’histoire démontre également que les grands gagnants des baisses d’impôt sont les mieux nantis. À preuve, la baisse d’impôt annoncée dans le dernier budget est de 239 $ (4,59 $ par semaine) pour un couple disposant d’un revenu de 45 000 $, alors que cette baisse est de 666 $ (soit 2,8 fois plus) pour un couple ayant un revenu de 125 000 $. Les gouvernements n’ont pas seulement diminué l’impôt, ils ont multiplié les déductions fiscales et tout en taxant faiblement les revenus financiers, mesures favorables aux plus hauts revenus. Lorsqu’une personne qui gagne entre 130 000 $ et 150 000 $ se plaint d’un taux marginal d’impôt de 26 % (au Québec), n’est imposée qu’à un taux de  15 %[2] lorsqu’on tient compte de toutes les exemptions fiscales.

Philippe Couillard clame que le Québec se porte mieux qu’avant. Reste à savoir pour qui ? Une chose est certaine, le Québec sort affaibli d’une austérité aux conséquences dramatiques pour les services publics (des écoles en ruine, des soignants à bout de souffle, des aînés laissés pour compte, etc.). Une réalité qui touche beaucoup plus de familles que les baisses d’impôt.

 

Alain Dumas, Économiste, pour la Gazette de la Mauricie, septembre-octobre 2018

[1] Écrit par deux dirigeants du magazine néo-libéral The Economist : John Micklethwait and Adrian Wooldridge, The fourth revolution, The Global Race to Reinvent the State, 305 pages. The Penguin Press Écrit par deux dirigeants du magazine néo-libéral The Economist.

[2]Statistiques fiscales des particuliers. Année d’imposition 2014, Ministère des finances et Revenu Québec, Gouvernement du Québec, 2017.

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