Jimmy Chabot, mars 2019

Bien qu’il soit régulièrement dit que l’égalité homme-femme est atteinte et qu’il n’y a plus besoin de se déclarer féministe, plusieurs enjeux demeurent incontestables. Citons, entre autres, la violence conjugale, les iniquités salariales et les agressions sexuelles comme exemples de situations où les inégalités sont encore évidentes dans notre quotidien.

S’il peut être difficile pour un homme de concevoir l’entièreté des façons dont les femmes peuvent être atteintes par la discrimination, il faut admettre qu’un « homme a plus de chances qu’une femme d’atteindre les sommets des diverses structures hiérarchiques », comme le souligne Francis Depuis-Déri, professeur à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal. Même s’il est difficile de faire face à ce problème individuellement puisqu’il est d’ordre collectif, une question demeure, que peuvent faire les hommes pour aider les femmes dans le combat sur l’égalité?

New York City, 2017 | wasikphoto.com

D’abord, prendre conscience des inégalités hommes-femmes et porter une attention particulière aux privilèges masculins doivent être des priorités pour un homme pro-féministe. Il devient impératif, comme ajoute monsieur Dupuis-Déri, de « travailler individuellement et collectivement à limiter le pouvoir qu’ils exercent sur les femmes et les féministes ». Si cela peut sembler une tâche intangible, elle se concrétise dans plusieurs types d’actions.

Prenons par exemple le sexisme ordinaire. Comme défini par Rachel Chagnon, directrice de l’institut de recherches et d’études féministes (IREF), il s’agit du « sexisme issu des pratiques et des stéréotypes sexuels qui sont omniprésents dans nos sociétés, […] qui s’exprime sans violence particulière, mais qui, à partir de sa construction du quotidien, contribue à perpétuer […] les carcans des rôles masculins et féminins ». En somme, lorsqu’un homme soutiendra qu’une femme conduit naturellement mal ou lorsqu’il l’appelle par des sobriquets tels que ma belle ou la petite, il contribue, sans même y penser, à véhiculer le sexisme présent dans les recoins les plus insoupçonnés de nos mœurs. En ce sens, un homme qui a à cœur l’égalité avec ses concitoyennes tentera d’éliminer ses propres comportements discriminatoires mais ne tentera pas non plus de gérer la façon avec laquelle une femme les vit.

Allié ou Féministe

Plusieurs hommes se disent eux-mêmes féministes. Certaines militantes préfèrent l’appellation alliés féministes, arguant que c’est en s’émancipant d’elles-mêmes qu’elles vaincront et que c’est par des femmes que les combats doivent être menés. Le débat demeure entier au sein du mouvement, certaines soulignant que l’appui d’hommes ne peut pas nuire aux combats, d’autres proposant que des hommes dans le mouvement créeraient des situations conflictuelles. Une chose reste entière, comme le dit Suzanne Zaccour dans son blogue De Colère et d’Espoir, « si tu poses des limites à mon féminisme, tu n’es pas mon allié ». En somme, il n’est pas du devoir d’aucun homme pro-féministe de remettre en question quelque position que ce soit, prise par le mouvement. Francis Dupuis-Déri, Rachel Chagnon, Suzanne Zaccour et le BA(F)FE (Base de données féministe) sont tous d’accord : l’homme conscient et engagé ne doit pas porter jugement sur le message du mouvement mais plutôt lui apporter sa voix afin d’étendre sa portée.

1 COMMENTAIRE

  1. Cet article est d’un excellentissime Monsieur Chabot! C’est un plaisir de vous lire en cette journée spéciale. J’espère que vous aurai l’occasion d’écrire à nouveau car votre plume est, ma foi, d’une sublime finesse.

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