cs3rPendant 79 jours, il a promis mer et monde. Soixante-dix-neuf jours de campagne électorale durant lesquels le nouveau premier ministre du Canada s’est engagé à voir le monde autrement. Justin Trudeau devra maintenant faire face à une armée de lobbyistes qui lui rappelleront qu’il n’est pas toujours facile de passer de la parole aux actes, de prioriser le bien commun au détriment du profit d’une minorité.

Industrie pétrolière

Le nouveau premier ministre veut suspendre graduellement les subventions accordées à la production des combustibles fossiles et souhaite dans le même élan déchirer les plans du projet d’oléoduc Northern Gateway. Deux défis dignes de David contre Goliath.

Seulement au Québec, 75 lobbyistes sont actuellement enregistrés au registre officiel à titre de défenseurs de l’exploitation des énergies fossiles. Dans leur ligne de mire : treize ministères, mais également des MRC et des municipalités.

Sur la scène fédérale, entre 2011 et 2012, les lobbyistes pétroliers ont tenu plus de 790 rencontres avec des ministres, députés, sénateurs et fonctionnaires, alors qu’une seule organisation environnementale (Greenpeace) a réussi à échanger avec le cabinet du premier ministre, alors conservateur.

Durant la campagne électorale, certains ex-lobbyistes du pétrole ont été aperçus dans l’entourage immédiat de Justin Trudeau. À la lumière de cette proximité, force est de constater que la côte sera longue à remonter avant que le Canada mette définitivement un terme à l’exploitation des polluantes énergies fossiles.

Industrie minière

C’est un euphémisme de dire que l’industrie minière canadienne n’a pas bonne presse sur la scène internationale. Elles ne sont pas rares les poursuites-bâillons intentées par des entreprises d’ici pour étouffer des scandales soulevés par leur destruction des écosystèmes d’ailleurs, en toute impunité, parfois manu militari.

En campagne électorale, silence radio sur l’exploitation minière au Canada. De quoi réjouir la centaine de lobbyistes qui, uniquement au Québec, font la promotion des 160 milliards $ de projets échelonnés sur les dix prochaines années.

Toujours au Québec, l’industrie minière a extrait du sous-sol pour 54 milliards $ de ressources non-renouvelables depuis 2009, alors que l’État québécois a perçu un maigre petit milliard $ en redevances. Cerise sur le gâteau, Québec prévoit investir 22 milliards $ en fonds publics pour séduire les minières dans le cadre du Plan Nord. Une donnée qui illustre la puissance de ce lobby richissime et organisé.

Défense et sécurité

C’est connu : la guerre fait tourner la roue de l’économie. Et comme l’eau au moulin, les lobbyistes n’hésitent pas à y mettre du leur. À preuve, le récent contrat de 15 milliards $ concernant la vente de blindés légers à l’Arabie saoudite, signé sous l’égide de l’ancien gouvernement fédéral. Ce contrat n’a pas été remis en cause par l’équipe de Justin Trudeau. Une victoire des lobbyistes qui travaillent actuellement pour l’industrie de la défense et de la sécurité au Canada.

En campagne électorale, Justin Trudeau a promis de parapher le Traité sur le commerce des armes de l’ONU, ainsi que d’abroger le contrat pour l’achat des controversés avions furtifs F-35, évalué à 44 milliards $.

Il trouvera sur son chemin l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité, principal lobby militaire, qui représente 1000 membres et emploie près de 110 000 personnes d’un océan à l’autre. Cela sans compter l’Association canadienne pour les armes à feu, qui revendique 75 000 membres canadiens. En matière de promesses, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres.

Lobby pro-israélien

Plusieurs se demandent depuis longtemps si le lobby pro-israélien est trop influant au Canada. Dans une entrevue qu’il accordait à la Revue Relations, Jeff Halper n’hésite pas à répondre dans l’affirmative, parlant même « d’israélisation des services de sécurité intérieure du Canada ».

Selon une étude menée en 2007, le lobby pro-israélien est composé « d’une coalition informelle d’individus et d’organisations qui travaillent activement pour […] influencer la politique étrangère de manière à favoriser les intérêts d’Israël ». Entre autres organisations, ce lobby regroupe le Comité Canada-Israël, le Congrès juif canadien et la section canadienne du B’nai Birth.

Si Justin Trudeau veut rétablir des relations diplomatiques avec des pays comme l’Iran, qu’Israël considère comme une menace existentielle, il devra sans aucun doute composer avec un lobby israélien aguerri et très actif sur la scène nationale.

Conclusion

Les lobbyistes enregistrés sont plus de 1800 au Québec, près de 5000 au Canada, tous payés pour influencer les titulaires de charges publiques. Un Goliath, en somme, auquel devra faire face le nouveau premier ministre s’il veut concrétiser le bouquet de promesses lancées aux citoyens durant la dernière campagne électorale et ainsi démontrer par des gestes concrets que le Canada voit réellement le monde autrement.

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