Geneviève Richard, novembre 2019

Malgré les contestations de nombreux scientifiques, économistes et groupes environnementaux au cours des derniers mois, les compagnies GNL Québec et Gazoduq inc. continuent de promouvoir les bénéfices climatiques et financiers de leurs projets de transport d’hydrocarbures d’origine fossile non conventionnels. Selon l’industrie pétrolière et gazière, un pipeline interprovincial, une usine de liquéfaction et un port méthanier dans l’habitat essentiel du béluga du fleuve Saint-Laurent constitueraient les clefs d’une transition énergétique québécoise réussie.

Le gaz naturel comme énergie de transition

Bien que la politique énergétique du Québec définisse le gaz naturel (méthane – CH4) comme une énergie de transition profitable pour la province, la plupart des scientifiques s’entendent pour dire que 80 % des hydrocarbures d’origine fossile doivent être laissés dans le sol si nous voulons limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 ﹾC. Le bilan environnemental du gaz naturel, considéré plus écologique, est aussi largement contesté en raison des nombreuses fuites de méthane (3 à 9 %) se produisant tout au long de son cycle de production, soit de l’extraction à la distribution. Ces fuites rendent, selon d’autres experts, le gaz naturel tout aussi polluant que le charbon. En effet, le potentiel de réchauffement global du méthane est évalué à plus de 80 fois celui du CO2 sur un horizon de 20 ans.

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Les compagnies GNL Québec et Gazoduq inc. prévoient la construction d’un complexe industriel pour permettre l’exportation de 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. Ce projet a été scindé en trois pour l’évaluation environnementale.

Trois projets interdépendants

C’est pourtant en misant sur cet argument de transition énergétique que la compagnie GNL Québec tente de promouvoir son projet de complexe industriel de transport de gaz naturel. Trois projets interdépendants et de grande envergure seraient en réalité nécessaires pour développer cette nouvelle filière d’exportation de gaz naturel : un pipeline, une usine de liquéfaction et un port méthanier. L’industrie les a déposés de manière distincte pour permettre des évaluations séparées ne prenant pas en compte les impacts environnementaux et climatiques en amont et en aval, c’est-à-dire engendrés par les méthodes d’extraction non conventionnelles et par la combustion du gaz consommé. Plusieurs groupes d’experts exigent toutefois une analyse combinée des trois projets, soulignant entre autres leur financement commun par les mêmes investisseurs américains.

La Mauricie au centre du tracé

En novembre 2018, la compagnie Gazoduq inc. annonçait le dépôt du projet de construction d’un pipeline de plus de 750 km qui relierait le nord de l’Ontario et le Saguenay, en passant par la Mauricie, dans le but d’y acheminer du gaz, majoritairement issu par fracturation hydraulique, en provenance de l’Ouest canadien et américain. Cette nouvelle conduite alimenterait une usine de liquéfaction, Énergie Saguenay, et un port méthanier qui permettrait l’exportation du gaz naturel vers l’Europe, l’Asie et potentiellement d’autres marchés mondiaux.

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Corridor proposé par Gazoduq (GNL Québec) pour faire passer le gazoduc. Crédits: Gazoduq

Les promoteurs affirment que le projet contribuera à réduire les émissions mondiales de GES en permettant de remplacer du charbon et du mazout. Par contre, à ce jour, il n’existe aucun contrat entre la compagnie et d’éventuels acheteurs pour confirmer cette affirmation.

La construction du pipeline de Gazoduq inc. en inquiète plusieurs puisqu’on considère que cette nouvelle conduite pave la voie à un futur projet d’oléoduc similaire à Énergie Est. Selon certaines personnes consultées, une fois le corridor gazier en place, il serait plus facile de construire une conduite sœur ou même de convertir le gazoduc en oléoduc.

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