Jules BergeronJules Bergeron, Comité de Solidarité Trois-Rivières, novembre 2019

La population canadienne vient d’élire à nouveau le Parti libéral à la tête du pays. Minoritaire, le gouvernement de Justin Trudeau a tout intérêt à honorer – en tout ou en partie – les  engagements qu’il a pris en campagne électorale. De ces derniers, certains prendront la forme de grands travaux à réaliser pour réhabiliter la réputation du Canada à l’échelle internationale. Trois chantiers ont retenu davantage notre attention, à savoir, la lutte aux changements climatiques, la position canadienne par rapport à la Palestine et les relations du Canada avec l’Arabie Saoudite.

minoritaireLa lutte aux changements climatiques

Sous les Conservateurs, le Canada faisait figure de cancre au chapitre de la lutte aux changements climatiques. Bien que le gouvernement Trudeau ait signé l’accord de Paris en 2015, il s’est contenté de la cible des conservateurs de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030. Les libéraux n’ont donc guère fait mieux que leurs prédécesseurs. Alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a sonné l’alerte sur un possible point de non-retour pour l’avenir de la planète, à quel enseigne loge le Canada?

À la Conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est tenue en Pologne en décembre 2018, le Canada s’est fait reprocher son piètre bilan environnemental. Non seulement la taxe canadienne sur le carbone est-elle inefficace, mais elle est peu contraignante pour les grands pollueurs. L’achat du pipeline Trans Mountain ne constitue-t-il pas une aide directe à l’industrie pétrolière? Bien que le Canada prévoie diminuer ses émissions de GES de 200 millions de tonnes par an, selon l’ONU, il faudrait les diminuer du double!

Devant l’assemblée générale des Nations-Unies, la jeune militante écologique suédoise Greta Thunberg déclarait le 23 septembre dernier : « Nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle? » Devant l’urgence climatique,  le Canada a de pressants devoirs à faire s’il veut exercer un leadership crédible en la matière.

Le Canada et la Palestine

Israël pratique systématiquement la torture de prisonniers palestiniens, de même que l’emprisonnement d’adolescents et d’enfants palestiniens. De plus, face aux destructions de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est, comme dans les territoires occupés, le Canada se retient de condamner de tels gestes, et ce, même s’il ne reconnaît pas la mainmise israélienne sur les territoires envahis depuis 1967.

Sous l’ère de Justin Trudeau, le Canada a non seulement dénoncé le geste des États-Unis de déménager leur ambassade à Jérusalem, mais il a également repris sa contribution financière à l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens. Toutefois, des rapprochements entre Israël et le Canada se poursuivent, et ce, au détriment du peuple palestinien. En janvier 2019 par exemple, Justin Trudeau condamnait la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), alors que celle-ci mettait au jour des pratiques commerciales douteuses comme la vente au Canada de vins étiquetés israéliens alors qu’ils étaient produits dans les territoires palestiniens occupés. De plus, en septembre 2019, le Canada signait un nouvel accord de libre-échange avec Israël, ne laissant à l’économie palestinienne, rien de plus que des potentialités… Au-delà de l’aide humanitaire, quand le Canada établira-t-il de vraies relations avec le peuple palestinien?

Nos relations avec l’Arabie Saoudite

Avec l’Arabie Saoudite, la stratégie canadienne repose entre la préservation d’un fort lien économique et le maintien d’un dialogue sur la question des droits de la personne, cet équilibre précaire – et discutable – ayant comme toile de fond la richesse de l’Arabie Saoudite et ses immenses réserves de pétrole.

Bien que le Canada ait vigoureusement protesté contre le traitement honteux réservé à Raif Badawi, contre l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi et contre l’emprisonnement de militantes féministes, le contrat d’exportation de matériel militaire avec l’Arabie Saoudite de 15 milliards de dollars semble peser toujours plus lourd dans la balance. En août 2019, une coalition d’organismes rappelait pourtant au gouvernement qu’il s’était écoulé neuf mois depuis l’annonce  du réexamen des exportations militaires vers l’Arabie Saoudite.  Alors que le rythme d’expédition des véhicules s’est accéléré – véhicules qui ont d’ailleurs servi dans l’intervention du Royaume saoudien au Yémen – on attend toujours la réponse d’Ottawa. Alors que le Danemark, la Finlande et l’Allemagne ont pris des mesures pour cesser ou suspendre les transferts d’armes vers l’Arabie Saoudite,  à quel jeu joue donc le Canada?

Cet article est rendu possible grâce à une collaboration avec le Comité de Solidarité Trois-Rivières. 

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