Gabrielle Vachon-Laurent – Innue de Pessamit, Agente Culturelle du CAATR, Parole aux Autochtones – Février 2021

Afin d’établir un avis sur l’influence de la Loi sur les Indiens sur le rapport entre Premières Nations et le système de santé québécois, il est important pour nous de remonter à l’époque des pensionnats autochtones.

La Loi sur les Indiens et la mise en place des pensionnats autochtones

La Loi sur les Indiens est adoptée afin que les Autochtones soient (et ils le sont encore) sous la tutelle du gouvernement fédéral. Dès l’adoption de cette loi en 1876, le régime des pensionnats indiens est instauré afin d’éradiquer la culture des jeunes Autochtones par l’éducation de la majorité allochtone. « Leur fréquentation devient obligatoire en 1920 pour les Autochtones âgés de 6 à 15 ans. Environ 100 000 enfants auraient fait un séjour dans un des 135 pensionnats, dont 13 000, incluant des Inuits, dans 11 pensionnats au Québec. »1. Ceux-ci sont dirigés par des églises chrétiennes et des communautés religieuses.

Environ 100 000 enfants auraient fait un séjour dans un des 135 pensionnats canadiens comme celui ci-dessus, dont 13 000, incluant des Inuits, dans 11 pensionnats au Québec. RC Indian Residential School Study – Time Fort Resolution – NW – Source : Wikicommons.

Ces pensionnaires évoquent dans les communautés autochtones beaucoup de souvenirs, trop peu joyeux. Ces derniers, développeront pour la plupart, une relation de méfiance avec les milieux de l’éducation et de la santé. Les pensionnats auront provoqué  des traumatismes transgénérationnels portés aujourd’hui par les jeunes parents autochtones, chez qui es la crainte envers  les  services sociaux persiste encore aujourd’hui. Citons plus particulièrement  en exemple la relation qu’entretient les Autochtones en milieu urbain avec la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ).

Les services en milieu urbain

Afin de mieux comprendre la double-réalité des populations autochtones en communauté versus en milieu urbain, il est important de  de mentionner que la première barrière est bien sûr celle  de la langue. Il s’agit d’un défi pour chaque individu des Premières Nations qui décide de s’installer en ville ou de bénéficier des services en milieu urbain. Dans la communauté, les autochtones ont accès des services dits « de base » : dentiste, médecin, infirmière, psychologue, magasin général, etc.. Toutefois, les professionnels passent, pour la plupart, seulement quelques journées en communauté et doivent de desservir la population entière. Les sorties en milieu urbain sont donc très courantes pour les membres des Premières Nations qui doivent accéder à des spécialistes à l’extérieur des communautés..

Enfin, il est pertinent de rappeler que les personnes vivant en milieu urbain ont besoin d’un temps d’adaptation, car pour elles, il est parfois difficile d’aller vers des services qui  ne sont pas adaptés à leurs réalités et leurs cultures. Les organismes de services hors-communauté ne sont pas très sensibilisés à l’égard de la barrière de la langue ainsi qu’à l’histoire de la Loi sur les Indiens qui serait pourtant susceptible  d’ouvrir les yeux à plusieurs individus et organisations.

Des services offerts par et pour les Premières Nations

Les organismes dont les services sont offerts par et pour les autochtones constituent une partie de la solution afin de défaire les préjugés, notamment par l’entremise d’ateliers de sensibilisation et de soutien aux utilisateurs des services du milieu urbain. Il est d’ailleurs important de se rappeler que les services adaptés par ou pour les Premières Nations leur ont permis de renforcer leur confiance à l’égard des organismes améliorant ainsi la qualité de vie des Autochtones en milieu urbain.  Soulignons l’ouverture de plusieurs organismes  à l’égard de l’histoire et des réalités autochtones dont l’approche permet de combattre l’ignorance et d’établir une communication adéquate des besoins  spécifiques à chacune des parties.

Les migrations en milieu urbain pour les habitants des communautés autochtones sont importantes puisqu’ils permettent aux Premières Nations d’avoir un logement, avoir accès à un emploi, accéder à des services des adaptés en milieu scolaire, professionnel et en santé2. (RCAAQ)

Dans ce même ordre d’idées, il est bien de savoir qu’il y a aujourd’hui plusieurs organismes comme les Centre d’amitié autochtones du Québec, dont 2 en Mauricie, plus précisément à La Tuque et Trois-Rivières. Ces organismes proposent plusieurs services d’accompagnement, mais surtout, un point d’ancrage culturel pour ces Premières nations en migration dans les milieux urbains. Les missions de ces organisations sont précisément de créer des liens entre les Autochtones et les Allochtones ainsi que d’établir un lien de confiance et de partage de connaissances.

Les évènements précédant la mort d’une jeune Atikamekw, madame Joyce Echaquan, ont permis de faire bouger les initiatives des communautés autochtones ainsi que de montrer au grand jour, les réalités mentionnées plus tôt. Cette tragédie à fait voir la vraie signification du terme racisme systémique que nous définissons comme suit :;

« Le racisme systémique désigne l’ensemble de la structure sociétale composée d’institutions, de lois et de politiques qui maintiennent un système d’inégalités qui privilégie et opprime différents groupes dans la société selon l’identité raciale qui leur est attribuée. Ces inégalités confèrent des privilèges aux personnes blanches et portent atteinte aux droits des personnes racisées et autochtones. »3.

Quelques changements opèrent à l’heure actuelle dans de nombreuses institutions de la santé et qu’il y a une sensibilisation de la culture autochtone auprès des prestataires de services. Mais il demeure important pour les Premières Nations de s’autoreprésenter et non de laisser d’autres déterminer ce qui est bon ou mauvais pour eux. La collaboration entre les nations devient de plus en plus importante et les nouvelles générations développent le désir d’effectuer les changements nécessaires pour leur bien-être respectif. Les projets d’envergure ne cessent de se multiplier. Quels changements permettront aux Premières Nations de s’armer avec les meilleurs alliés possibles ?

SOURCES

1. McDonough, B. (2013). Le drame des pensionnats autochtones. Relations, (768), 33–35.

  1. Regroupement des centres d’amitié autochtone du Québec
  2. Amnistie Internationale, amnistie.ca

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