Réal Boisvert, janvier 2019

L’année 2018 a laissé le monde la boxe dans un triste état. On pense ici à la mise hors de combat du boxeur Adonis Stevenson, aujourd’hui sorti d’un profond coma à la suite de quoi il gardera, semble-t-il, de graves séquelles.

Quelques jours après la défaite de Stevenson, Markus Beyer, celui-là qui avait ravi à Éric Lucas le titre mondial des super moyens en 2003 est décédé à 47 ans. Plus près de nous, le boxeur Simon Kean s’est fait tapocher d’aplomb lors de son dernier affrontement contre Dillon Carmen en octobre 2018. Espérons qu’il ne se fera pas arracher la tête quand on lui accordera sa revanche. En attendant, son écurie, Eye of the Tiger Management, enverra au combat le 26 janvier prochain deux jeunes de chez-nous, François Pratte et Kaemy Savoie. En apparence leur gueule n’a pas l’air trop amoché jusqu’ici mais on ne sait jamais à quoi on doit s’attendre quand on enfile les gants. Cet avertissement vaut aussi pour le boxeur trifluvien Mikaël Zewski, en pleine ascension jusqu’à maintenant. Ne parlons pas du nombre grandissant de femmes adeptes de la boxe. Taisons-nous sur tous ces boxeurs qui, à l’approche de la cinquantaine, à l’instar de Mohamed Ali, ont l’apparence de vieillards.

Revenons surtout sur la barbarie d’un sport dont le but est de décapiter l’adversaire. Quand on voit l’importance que prend la mobilisation concernant la maltraitance animale (un sujet cher aux organisateurs de rodéos de St-Tite, soit dit en passant) comment expliquer la tolérance sociale qui entoure la boxe ? Ou plutôt comment comprendre l’engouement spectaculaire qui l’accompagne ?

La boxe ne serait-elle pas au fond la métaphore parfaite du capitalisme triomphant ? Un monde où des milliers d’individus doivent jouer leur va-tout et où seuls quelques-uns dominent.  Le boxeur d’une certaine façon, n’opère pas autrement que ce que dictent les lois implacables du marché : il prend tous les risques et n’épargne aucune souffrance aux autres pour atteindre son but. L’élimination naturelle se charge du reste.

Dans les faits, notre civilisation, en comparaison de la Rome antique, sous l’éclairage des néons et du bonheur marchand, n’a pas progressé d’un iota au plan de l’inconscient collectif. Elle ne carbure encore qu’au royaume du pain et des jeux. Et la boxe, un peu plus que les autre sports peut-être, envoient ses enfants au combat comme naguère César envoyaient ses gladiateurs dans l’arène. Et ceux-là d’entonner de concert : Ave Caesar morituri te salutant ! Nous, nous ne saluons plus en mourant un empereur mais nous laissons dépérir nos semblables sous les volées des coups de poings et la violence des assauts. De la descente dans l’arène à la montée sur le ring, l’humanité ne serait-elle pas demeurée, hélas, à l’âge de Cro-Magnon ?

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