Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage – mai 2020

L’un des rares effets positifs de la pandémie qui nous paralyse, c’est la diminution massive et subite des émissions de gaz à effet de serre (GES) partout dans le monde. Le télétravail forcé par le confinement nous amène à nous demander si ce ne serait pas le meilleur moyen de tempérer notre surchauffe climatique ! En effet, la mise sur pause du transport aérien ainsi que la réduction importante du nombre de véhicules sur les routes et de la production industrielle, combinées au télétravail, ont apporté une grande bouffée d’air à notre planète ces dernières semaines.

Toutefois, s’il s’avère l’une des pièces maîtresses de notre coffre à outils de contingentement des GES, le télétravail est loin d’être une panacée. De fait, le secteur numérique serait responsable à lui seul de 4 % des émissions mondiales, dont 80 % attribuables aux vidéos en ligne. Stockage dans les centres de données, transport des données, consommation d’électricité, empreinte écologique élevée des appareils électroniques, toutes ces étapes contribuent au réchauffement climatique.

La découverte des joies des réunions par vidéoconférence risque donc de faire exploser la consommation de données internet. Laure Patouillard, chercheuse au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), a ainsi calculé qu’en faisant du télétravail, elle émet à peu près la même quantité de GES que si elle se rendait à son bureau en auto (environ 6 km, soit approximativement la moyenne des déplacements maison-travail au Canada). Et comme elle va généralement travailler en métro, son impact devient plus grand en travaillant depuis la maison.

Par ailleurs, le télétravail pourrait diminuer les besoins en infrastructures routières et – on se prend à rêver ! – mettre fin à des projets comme le troisième lien à Québec. Sauf qu’on a aussi observé une tendance à résider plus loin du lieu de travail quand on n’a pas à se déplacer tous les jours, ce qui, au bout du compte, peut faire augmenter le kilométrage parcouru dans une semaine et favoriser l’étalement urbain.

Photo libre de droits

D’un point de vue social, si le télétravail peut comporter des avantages, tels qu’un gain d’autonomie et une plus grande liberté dans l’organisation de son travail et de la conciliation travail-famille-loisirs, il peut causer d’autres dérives. À commencer par le risque réel de le voir devenir un instrument du capitalisme pour produire plus à moindre à coût :surcharge de travail (calcul des heures plus difficile, tâches de gestion supplémentaires, etc.), difficulté à décrocher et à établir une frontière claire avec la vie privée, effet d’isolement, manque d’émulation collective, de cohésion et de socialisation, sont tous des écueils à prévenir. L’employeur doit aussi s’assurer de fournir le matériel et les connexions adéquates, un espace de travail adapté et sécuritaire, ce qui pose de nombreux défis en matière de droits et d’égalité des travailleurs et des travailleuses. Or la démocratie interne – et la participation citoyenne en général – nécessaire pour faire valoir ces droits est beaucoup plus difficile à appliquer en contexte d’isolement.

Pour un effet positif, ce mode de travail devra être bien encadré. On peut ainsi imaginer du télétravail à temps partiel qui permettrait non seulement de minimiser les déplacements, mais aussi le volume global de véhicules sur la route et donc la congestion du trafic aux heures de pointe. Résider proche de son site d’emploi, dans des quartiers qui offrent des services de proximité, c’est encore mieux ! Une solution émergente, c’est la possibilité d’accomplir ses fonctions professionnelles dans des espaces de travail partagés (coworking) situés près de chez soi. On peut ainsi imaginer qu’un employeur louerait un espace pour une partie de ses employés et employées, lesquels y partageraient des ressources communes avec d’autres entreprises (internet, photocopieur, cuisine, secrétariat, garderie, etc.). Cette avenue intermédiaire présente l’avantage de limiter les déplacements tout en contrant les effets négatifs du travail en solo à la maison.

La transition économique et écologique est un grand chantier en construction. Quel meilleur moment que maintenant pour s’attarder à la repenser au bénéfice de la planète comme de l’humain ?

Consultez nos autres chroniques Environnement 

Pour en savoir plus :

https://jourdelaterre.org/qc/blog/2020/02/06/pourquoi-et-comment-diminuer-sa-pollution-numerique-au-bureau

https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/moteur-de-recherche/segments/chronique/165403/impact-environnement-travail-maison-carbone

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