Marc Benoît, novembre 2015

Deux coalitions rivales revendiquent la légitimité d’intervenir en Syrie pour y rétablir l’ordre et, peut-être, un semblant de stabilité. obama poutine

En 2011, le désormais célèbre « Printemps arabe » venait secouer les états du Maghreb et du Moyen-Orient, apportant avec lui un vent d’espoir pour ces régions du monde. En 2015, quatre ans plus tard, outre le succès relatif de la révolution tunisienne, le constat général est celui d’un échec : La Libye post-Kadhafi est à peine un état fonctionnel, l’Égypte est de nouveau sous l’emprise d’une dictature militaire et l’État islamique de l’Irak et du Levant encourage un extrémisme brutal et sectaire. Mais, nul doute possible, c’est le bourbier syrien qui est l’exemple le plus fort de la triste déroute du « Printemps arabe », par son interminable guerre civile et sa terrible crise humaine, la Syrie est devenue un failed state; un « état défaillant » où la violence et le chaos règnent. Face à cette situation explosive, deux coalitions rivales revendiquent la légitimité d’intervenir en Syrie pour y rétablir l’ordre et, peut-être, un semblant de stabilité.

Suite au malheureux échec du « Printemps arabe » en Syrie et la menace grandissante que fait peser l’État islamique sur la région, on aurait pu croire que l’intervention des coalitions étrangères aurait servi à calmer la situation, mais il n’en est rien.

La première coalition internationale est celle menée par les États-Unis et les états proches de l’OTAN. L’objectif à terme de cette coalition est de renverser le président syrien Bashar El-Assad et combattre les forces de l’État islamique, le tout avec l’aide de factions aussi éclectiques que les milices kurdes, les rebelles musulmans sunnites et  les groupes soutenus par l’Arabie Saoudite. Sans surprise, après un certain temps à attaquer les positions de leurs ennemis communs, les membres de cette coalition très variée montrent les limites de leur bonne entente et, peut-être, de la crédibilité de leur intervention militaire. Pour ne citer qu’un exemple, le gouvernement turc du président Erdogan (membre de l’OTAN) semble plus intéressé à bombarder les résistants kurdes qu’il perçoit comme une menace pour son pays qu’à mener une véritable lutte à l’État islamique… Ainsi, malgré les apparences d’une organisation solide, la coalition américaine paraît souffrir du poids de ses contradictions et risque, tôt ou tard, de montrer des signes d’essoufflement. Pour ce qui est de la seconde coalition internationale, celle-ci est dirigée par la Russie et elle compte en son sein les forces gouvernementales loyales au président El-Assad, les groupes musulmans chiites (tel que le Hezbollah) ainsi que les forces armées iraniennes. Tout en ayant pour but premier de combattre l’État islamique, la coalition russe cherche aussi à restaurer le pouvoir du gouvernement de Bashar El-Assad, un allié stratégique de longue date pour la Russie et l’Iran. Sujet sensible au Kremlin, la chute d’El-Assad signifierait surement la perte de la base navale de Tartous, un atout syrien que Vladimir Poutine ne veut définitivement par voir lui filer entre les doigts. Encore là, cette seconde coalition n’est elle-même pas sans contradiction et il sera, par exemple, très difficile pour celle-ci de maintenir son appui au régime syrien; un gouvernement soupçonné d’avoir commis des massacres envers sa population n’attire pas la sympathie des nations du monde.

Suite au malheureux échec du « Printemps arabe » en Syrie et la menace grandissante que fait peser l’État islamique sur la région, on aurait pu croire que l’intervention des coalitions étrangères aurait servi à calmer la situation, mais il n’en est rien. Bien au contraire, Il semble que les deux grandes coalitions qui opèrent sur le territoire syrien voient celui-ci tel un jeu d’échecs politique et militaire où la motivation initiale de venir en aide à la population se trouve ensevelie sous une cacophonie de balles, d’obus et de missiles. Alors que l’aveuglement des puissances mondiales se confirme et que les espoirs d’arriver à une action concertée sont déçus, ce qu’il reste du pays appelé Syrie est plus que jamais devenu une poudrière qui risque d’embraser le Moyen-Orient… Est-il déjà trop tard pour lancer un appel à la raison ?

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