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Suggestions littéraires – janvier 2021

La femme qui tuait les hommes, Ève de Castro, Robert Lafond, 2018

La femme qui tuait les hommes d’Ève de Castro est une œuvre bien de son temps. Elle s’inscrit dans la mouvance des romans qui, faisant écho au mouvement #metoo, ont été publiés dans les dernières années.

On y fait la rencontre de Jeanne et de Lena qui, chacune à sa façon, se lèvent contre la violence faite aux femmes. Alors que la première se lie d’amitié́ avec un auteur coureur de jupons dans un Paris bien d’aujourd’hui, et pour d’obscures raisons ; la seconde est une meurtrière en série ayant sévi dans la Russie du début du XXe siècle. Malgré́ la distance et les années qui séparent les deux femmes, leurs destins s’entremêlent pour former un récit des plus captivants.

Même s’il y est question d’une femme ayant vraisemblablement tué plus de 200 hommes, le roman d’Ève de Castro ne fait pas dans le meurtre complaisant. C’est une œuvre tout en nuances qui s’intéresse beaucoup plus au « Pourquoi » qu’au « Comment ». Un livre qui fait à la fois plaisir et réfléchir.

par Élizabeth Leblanc-Michaud

Rebâtir le camp du OUI, Paul St-Pierre Plamondon, 2020, Montréal, VLB Éditeur, 200 pages.

Pendant la dernière course à la chefferie du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon a publié un ouvrage sur ses idées afin de renouveler le camp indépendantiste au Québec. Maintenant qu’il est devenu le 10e chef du PQ, penchons-nous sur ses propositions pour l’avenir de la société québécoise.

Qui est PSPP ? L’avocat de 43 ans a d’abord été connu comme candidat lors de la course au PQ en 2016. Il raconte qu’un groupe de cinquante jeunes bénévoles l’ont convaincu d’y retourner pour une autre fois.

En moins de 200 pages et huit chapitres, l’auteur du livre « Les orphelins politiques » (2014), dans lequel il décrit la succursalisation du Québec et du rapport marquant « Osez repenser le PQ » (2017) raconte comment il a renoué avec le mouvement indépendantiste, seule issue pour régler la question de notre survie culturelle et linguistique. D’emblée, il souhaite que le PQ revienne à ses origines, lorsqu’il était un parti de coalition de gens issus de toutes les générations et provenant de tous les horizons politiques.

S’appuyant sur les révélations du scandale des commandites, comme les dépenses électorales illégales et l’octroi du droit de vote à des résidents hors Québec, PSPP est de ceux qui croient que le référendum de 1995 a été volé, par une campagne du camp du NON fondée sur des mensonges, l’intimidation et la peur.

Ensuite, il défend l’idée qu’il faut réinvestir le lien entre la nation et la justice sociale. Il démontre comment la « démondialisation » est un plan pour la sécurité et l’autonomie du Québec et qu’il faut se servir de l’État-nation pour réhabiliter le collectif. Outre sa volonté de mettre fin aux paradis fiscaux, il propose plusieurs mesures pour accroître l’indépendance alimentaire du Québec par exemple en revenant à des circuits courts, en misant sur l’économie circulaire puis l’instauration d’un plan national d’achat chez nous.

J’ai adoré qu’il s’appuie sur les six secteurs industriels dans lesquels le Québec est compétitif : les véhicules et pièces de matériel de transport, les matériaux de construction, la machinerie et l’instrumentation, les produits électriques et énergétiques, les médicaments et le matériel médical, puis finalement l’agroalimentaire.

Désirant déjouer les pièges du multiculturalisme canadien, il souhaite surtout en finir avec le discours de la peur, notamment la joute verbale sur les conséquences économiques d’un Québec souverain. Sa volonté de mettre à jour toutes les études du référendum de 1995 confirme que le camp du OUI doit en finir avec les pseudo-arguments et expliquer une bonne fois pour toutes les avantages certains de ce projet. Sa vision implique bien sûr des paramètres clairs en faveur de l’environnement, car le Québec pourrait continuer de se démarquer sur la scène mondiale comme un leader des énergies vertes et renouvelables.

Cet ouvrage ne s’adresse pas seulement aux convaincus, mais aussi à tous les nationalistes qui voudraient que le Québec fasse un pas en avant dans sa souveraineté politique, mais ne savent pas par où commencer. Après avoir fait le procès du gouvernement fédéral pour sa mauvaise gestion de la pandémie, PSPP explique notamment les actions des cent premiers jours d’un gouvernement indépendantiste du PQ. C’est en dévoilant les nombreux obstacles du cadre fédéral que nous pourrons « vaincre la peur de perdre »!

par Jean-François Veilleux

Solastalgie, Antoine Boisclair, 2019, Le Noiroit

Dans Solastalgie, son second recueil, le poète Antoine Boisclair explore, à travers sept suites poétiques, le concept développé par Glenn Albrecht, un environnementaliste australien. Si la nostalgie traduit une douleur causée par les souvenirs passés, la solastalgie renvoie plutôt à la douleur (algia) résultant de l’incapacité à trouver du réconfort (solacium) dans les perspectives présentes et à venir.

Le poète nous plonge dans un été aux canicules interminables. L’impression que quelque chose ne tourne pas rond attise l’insomnie et les bruits ambiants – ceux des tondeuses à gazon au vrombissement incessant –, tout comme les effluves d’un morceau de viande sur le barbecue du voisin, nous amènent à un constat : « la terre, tourne sur l’axe de sa broche / pour nous cuisiner durant toute une vie ; / les rêveries perdurent mais la viande crame. / Ça sent le roussi. »

En faisant appel aux sens, notamment la vue, la poésie d’Antoine Boisclair n’est pas pour autant que descriptive. Chaque poème ou suite poétique nous propose une variante sur le concept de la solastalgie sans être didactique ou théorique. Le livre nous amène pour une « halte à la crèmerie », dans « un nouveau développement » ou, « en périphérie du soir », faire un tour sur la « couronne nord ». On visite le monde tel qu’il est ; on envisage ce qu’il sera et ce qu’il ne sera plus. À la fin, c’est un certain apaisement qui l’emporte par un « retour au quartier natal ».

Un an et demi après sa publication initiale, le recueil de Boisclair n’a pas pris une ride. Gageons qu’il sera un bon compagnon pour traverser 2021.

par Louis-Serge Gill

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