Librairie Poirier – mai 2020

L’épidémie de VHS, Alexandra Trembay

Häxan est une adolescente en pleine tentative d’émancipation. Isolée dans un petit village de la Côte-Nord, elle rêve de la vie urbaine et de Montréal, l’image de sa salvation. C’est le lieu mythique où évoluent tous les artistes, marginaux et personnages cultes qui forment la face du mouvement hipster.

Mais c’est à Colombier, dans son village natal, qu’elle rencontre Léo-Lune, équipé de sa caméra VHS. Häxan idéalise la ville à travers Léo-Lune et Léo-Lune idéalise la région à travers Häxan, vivant leur amour déséquilibré sous le regard des cool kids. Et il y a la sorcière, personnification des tourments de la jeune adolescente et de la Côte-Nord. Tapie dans sa maison lugubre, elle la guette. Toutefois, bien vite la magie se dissipe pour laisser place au constat brutal de la réalité : un chum trop vieux, lobotomisé, qui la maintient dans une relation malsaine où elle joue le rôle d’une greluche edgy destinée à l’accompagner dans des projets qui n’aboutissent pas.

Comme quoi l’art peut devenir une raison pour se déresponsabiliser et fuir ses problèmes. Häxan et Léo-Lune nous apprennent qu’à force d’essayer de se construire on peut se perdre dans les tendances avant-gardistes. Bref, le roman d’Alexandra Tremblay nous parle d’une jeunesse en quête excessive de marginalité, qui, au final, ne cherche qu’à se faire accepter et porte parfois la culture comme une veste de jeans.

Suggestion de Laurence Primeau – Librairie Poirier

Rumpelstiltskin, Maude Rückstühl, Éditions ADA

Avec Rumpelstiltskin, Maude Rückstühl nous propose une version moderne et horrifique du conte des frères Grimm aussi connu sous le titre « Le Nain Tracassin ». Enam et Yvanha attendent avec fébrilité leur premier enfant et se voient déjà quitter la Hongrie pour l’élever au Canada. Or la jeune femme est subitement hantée par une créature issue de ses terreurs d’enfance : un hideux petit lutin aux doigts crochus et au visage couvert de pustules, dont les intentions sont pour le moins machiavéliques. Parviendra-t-elle à se défaire de son emprise? L’autrice, dont il s’agit du quatrième roman chez ADA, reprend avec ingéniosité les éléments-clés du conte classique et réussit habilement à nous tenir en haleine. En outre, le fantastique est ici plus présent que dans la plupart des titres de la collection « Les contes interdits », dans lesquels prédomine l’horreur. Alors qu’elles auraient pu agacer certains lecteurs, ces incursions du surnaturel dans le roman participent de son suspense et s’avèrent, somme toute, plutôt crédibles. Seule ombre au tableau : le récit aurait gagné à être mieux situé dans le temps. On se surprend parfois à se demander s’il se déroule à l’époque du conte classique ou bien à la nôtre, Yvanha troquant par exemple son cheval pour une voiture ou quittant sa rustique chaumière le téléphone cellulaire à la main.

Oserez-vous rester confinés avec Rumpelstiltskin? Du moins, continuons tous à nous laver les mains, afin de ne pas les avoir comme celle qui figure sur la couverture du livre!

Pour un public averti.

Suggestion de François Martin – Librairie Poirier

 

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