Charles Fontaine – Suggestions de nos cinéphiles – Février 2021

La lutte des classes

France. 2019. Comédie de Michel Leclerc avec Leïla Bekhti, Édouard Baer

Une famille parisienne quitte le bouillonnement de la ville pour venir s’installer dans une petite maison de banlieue, là où Sofia (Leïla Bekhti), érudite avocate d’origine maghrébine a elle-même grandi. Or, la réalité du quartier a quelque peu changé et les difficultés commencent à poindre. Le grand dilemme porte sur l’éducation de leur fils, Corentin, qui refuse désormais de se rendre à l’école primaire du quartier désertée par ses copains. Les parents mieux nantis ont choisi de placer leurs enfants sur les bancs de l’institution privée et catholique Saint Benoît. Si Paul (Édouard Baer), musicien et anarchiste dans l’âme, et Sofia, fille d’immigrante, veulent le meilleur pour leur fils, il n’est pas si aisé pour eux de tourner le dos à leurs idéaux égalitaristes et républicains. Ainsi, entre les moments de tendresse et ceux de désillusion, un réel déchirement s’opère et met à rude épreuve cette famille prise en étau entre ses valeurs personnelles et ses obligations parentales.

C’est sur un ton amusant et léger que Michel Leclerc (Télé Gaucho, Le Nom des gens) aborde l’épineuse question de la lutte des classes qui persiste en France. Illustrant avec brio la réalité d’un couple bourgeois-bohème, le cinéaste a su doser la part dramatique et comique pour faire de La lutte des classes un film intelligent et touchant sur la dichotomie valeurs personnelles/réalités sociales, le vivre-ensemble, la mixité sociale, la laïcité et la vie de couple. Le scénario limpide, quoiqu’un peu prévisible, permet à Leclerc de produire un film chargé sans toutefois être lourd ou moralisateur. Si la réalité des banlieues françaises ne trouve pas forcément son pareil au Québec, les thèmes et les enjeux abordés, supportés par un jeu honnête et juste de Baer et Bekhti, y sont suffisamment universels pour tisser des ponts avec ce que vivent de nombreuses familles québécoises.

Le film est à voir gratuitement du 18 au 24 février sur le site internet du Cinéma Moderne (www.cinemamoderne.com) + Discussion avec le réalisateur Michel Leclerc et la scénariste Baya Kasmi le dimanche 21 février à 15h

Présenté en collaboration avec le Mouvement L’école ensemble

Alcootest (Druk)

Danemark. 2020. Comédie dramatique de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen

La vie rangée et tranquille de quatre amis enseignants dans un collège de Copenhague se trouve changée lorsque ceux-ci expérimentent une théorie selon laquelle l’humain serait né avec un léger déficit d’alcool dans le sang. Selon cette même théorie, l’alcool permettrait aux humains de développer leur plein potentiel. C’est donc avec rigueur scientifique que Martin (Mads Mikkelsen) et ses collègues maintiendront un certain niveau d’alcoolémie pour faire face aux tâches éprouvantes de la quotidienneté. Des quatre membres du groupe, Martin se voit le plus favorisé par cette expérimentation. Sa carrière d’enseignant, auparavant embourbée dans la morosité et dans l’ennui, reprend de l’altitude alors que les étudiants découvrent un professeur à la flamme renouvelée. Sa vie personnelle se trouve aussi gagnante de cet élan de joie et de légère ébriété. Pour Martin, la théorie semble alors tenir sa promesse. Et pour les autres ? Pas forcément. Que faire alors ? Augmenter la dose, évidemment.

Vinterberg (La chasse, Festen) s’est fait connaître en même temps que Lars Von Trier et les autres tenants du Dogme95, un mouvement du renouveau du cinéma scandinave. S’il a depuis abandonné ses dogmes, il est aujourd’hui passé maître du grand écran et nous livre, dans les dernières années, des films d’une grande qualité. Alcootest ne fait pas exception à la règle. Cette comédie intelligente porte un regard objectif sur la situation de l’alcoolisme dans la société danoise et trouve un écho profond chez nous, en ces temps où l’isolement et le stress pèsent sur la société et poussent certain-e-s vers cette dépendance. Le traitement naturaliste et le jeu irréprochable de Mikkelsen (La chasse, Arctic) font d’Alcootest un film singulier, sensible et nécessaire.

Alcootest est disponible à la location sur les plateformes iTunes et Google Play.

ADN

France, Algérie. 2020. Drame de Maiwenn avec Maiwenn, Fanny Ardent, Louis Garrel

<Ce cinquième opus très personnel de la réalisatrice française Maiwenn (Polisse, Mon Roi) raconte l’histoire d’une famille franco-algérienne dont la mort du grand-père, véritable trait d’union pour cette famille dysfonctionnelle, pousse presque à l’implosion. Des dernières heures passées en compagnie du grand-père, Émir, patriarche, ancien militaire et intellectuel algérien, jusqu’à la mise en terre de son corps, la famille est soumise, non sans en éviter les écueils, aux étapes difficiles qu’imposent le deuil et les démarches d’enterrement d’un proche. En parallèle, Neige (incarnée par la cinéaste), petite fille du défunt et véritable protagoniste de cette histoire, sombre dans une profonde crise identitaire. Cette mère divorcée, dépassée par la tournure que prend sa vie et aux prises avec des troubles alimentaires, s’accroche à ses anciennes racines algériennes. Les deux trames s’entrechoquent à mesure que Neige entreprend cette authentique exploration existentielle et se confronte aux siens dans ces moments de peine et de crise. La perte d’un être cher semble alors être pour Neige le coup marquant un nouveau départ.

Presque de l’ordre de l’autofiction, ce drame familial de la désormais bien établie Maiwenn, semble parfois sombrer un peu trop dans la complaisance. Si les thèmes de l’identité, de la famille, des secrets et de la maladie mentale sont abordés de front, ils le sont surtout de façon très, voire trop, personnelle. On notera cependant l’extraordinaire talent de la cinéaste à créer d’admirables moments de cinéma. D’une dispute rigolote qui éclate au moment de choisir le cercueil, au dîner cauchemardesque avec un père venimeux, en passant par un : « Tu me dégoutes » lancé en plein visage d’une Fanny Ardent dans la peau d’une mère toxique, on comprend à tout le moins ce qui a mené ADN à la course à la Palme d’Or à Cannes l’an dernier. Maiwenn sait se mettre en scène à merveille, que ça nous plaise ou non.

ADN est disponible avec un abonnement à la plateforme Netflix.

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