Judith Doré Morin – Comité de solidarité/Trois-RivièresCitoyen.nes du monde et de chez nous 

Pour les personnes issues des communautés LGBTQ+, la sortie du placard ne constitue pas un évènement unique. En effet, pour les individus qui choisissent de divulguer leur orientation sexuelle et leur identité de genre, le coming out doit être répété périodiquement, notamment lors de rencontres médicales, de l’arrivée dans un nouveau milieu de travail ou du développement d’une relation amicale ou amoureuse. Cette pression constante à devoir dévoiler, ou au contraire dissimuler, son identité de genre et son orientation sexuelle résulte de l’établissement de l’hétérosexualité ainsi que de l’identité cisgenre (lorsque le sexe assigné à la naissance correspond à l’identité de genre de la personne) comme étant les seules possibilités normales et valides dans la société.

Une société hétérocisnormative

Le système hétérocisnormatif se base sur des prescriptions qui se veulent invalidantes et discriminantes pour les membres des communautés LGBTQ+.

L’hétérocisnormativité prône la binarité des sexes (mâle et femelle) et des genres (féminin et masculin). Ce ne sont toutefois pas tous les corps et les individus qui correspondent à cette bicatégorisation. C’est le cas des individus intersexes, dont les caractéristiques biologiques et physionomiques peuvent ne pas correspondre aux critères médicaux du sexe féminin ou masculin, ainsi que des personnes trans, queer, agenres (sans genre) ou non binaires (ni femme ni homme).

Ce système conclut en l’adéquation entre le sexe déterminé à la naissance et le genre auquel la personne s’identifie. La réalité est pourtant que certaines femmes ont un pénis et des testicules, tout comme certains hommes ont un utérus et des menstruations.

Il est aussi assumé que l’attirance romantique et sexuelle ressentie par chaque individu concerne seulement les personnes du sexe opposé. Cette présomption de l’hétérosexualité implique une complémentarité, et même une hiérarchisation, des sexes en plus de sous-entendre une sexualité obligatoire et basée essentiellement sur la pénétration.

Les impacts négatifs

Les conséquences de l’hétérocisnormativité ne se limitent pas aux démonstrations parfois violentes d’homophobie et de transphobie. Ce modèle amène des attentes normatives envers l’anatomie (taille du pénis et du clitoris, association de la virginité à la préservation de l’hymen), lesquelles s’emploient pour expliquer certaines mutilations génitales pratiquées sur les enfants intersexes. Il encourage la sexuation des lieux (ex : salles de bain, vestiaires), des activités et des règlements (comme les codes vestimentaires).

Le système hétérocisnormatif entraîne également une multitude de micro-agressions et micro-inégalités perpétuées à l’égard des personnes qu’il marginalise. Par exemple, la bisexualité d’une femme en relation avec un homme peut être remise en question par son entourage. Un individu trans peut se faire continuellement poser des questions intrusives sur ses organes génitaux ou ses pratiques sexuelles. L’identité de genre ou l’orientation sexuelle d’une personne peut être infériorisée, invisibilisée ou présentée de façon inadéquate dans les médias, les contenus scolaires, les produits culturels et même dans des formulaires administratifs.

Que faire ?

Dans son essai Hétéro, l’école? (2019), la sociologue Gabrielle Richard fait état du rôle que jouent les institutions scolaires dans la mise en genre des jeunes et dans la définition d’une sexualité saine basée sur la norme hétérosexuelle. L’autrice propose, afin de limiter la perpétuation de l’hétérocisnormativité dans les milieux scolaires, une éducation positive (notamment en abordant les notions de plaisir et de désir sexuels), inclusive (qui considère et valorise la diversité des sexes, des genres et des orientations sexuelles) et antioppressive (en expliquant comment la sexualité se déploie au sein de rapports de pouvoirs liés, entre autres, au genre, à la racisation et à l’âge des individus).

L’emploi d’un langage épicène, l’abolissement des lieux sexués ainsi que l’utilisation des pronoms (elle, ille, iel, il, etc.) et des identifications choisis par les personnes elles-mêmes constituent d’autres actions à encourager afin de tendre vers une société plus égalitaire et respectueuse de la diversité de ses membres, parce que chaque personne devrait avoir le droit de se sentir normale et valide.

Sources

RICHARD, Gabrielle, 2019. Hétéro, l’école ? : Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité, les éditions du remue-ménage, 168p.

ALESSANDRIN, Arnaud & RICHARD, Gabrielle, 2019. Politiques éducatives et expériences scolaires des jeunes trans au Québec et en France : un panorama, Genre, sexualité & société [En ligne], 21, Printemps 2019. Repéré à : https://journals.openedition.org/gss/5650?fbclid=IwAR0A3x6L8p4lt7R-K2wLlyOkx2a2sUnRu5RMF8Xeg99gwP3JmKdxlfKfe1Q#quotation

Conseil Québécois Lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans, 2020. Mieux nommer et mieux comprendre : changer de regard sur les réalités de la diversité de genre et les enjeux trans. Repéré à : file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/Guide-mieux-comprendre-enjeux-trans_CQLGBT.pdf

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