Sébastien HoulePar Sébastien Houle, 14 juin 2017

Le caractère spectaculaire des manifestations — et de leur répression — entourant le projet de pipeline Dakota Access (DAPL) aux États-Unis aura marqué notre imaginaire. Les images de l’occupation massive de la plaine américaine et des milices lançant leurs chiens sur les manifestants ont largement circulé sur Internet. Apparemment loin de la réalité québécoise, les évènements autour de la réserve autochtone de Standing Rock nous offrent néanmoins une occasion de nous pencher sur notre propre rapport au développement. Réflexion.

Un regard sur les grands projets qui ont vu le jour ces dernières années au Québec soulève la question de l’acceptabilité sociale. Dans quelle mesure recherche-t-on chez nous l’approbation populaire dans les questions de développement? Denis Coderre, maire de Montréal, réclamait récemment l’abolition des référendums municipaux, qui ne serviraient que les intérêts de ceux qui s’opposent systématiquement à tout. Il a, à cette occasion, évoqué la vertu de la démocratie participative, dont Montréal se voudrait un probant exemple. Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, pilote de son côté le projet de loi 122 prévoyant notamment l’abolition de ce recours citoyen. Celui-ci affirme, pour justifier sa réforme, qu’« il y a des projets qui n’avancent pas alors qu’ils sont dans l’intérêt du plus grand nombre ».


pipeline dakota pétrole
Crédit photo : Fibonacci Blue

C’est une logique similaire — en plus spectaculaire — qui a prévalu à Standing Rock. Aux dires du promoteur du DAPL, et on peut le vérifier sur leur site web, les manifestants ne seraient qu’une bande d’extrémistes en mal de causes. Les autorités disent du projet de pipeline qu’il est sécuritaire, bon pour l’économie et la création d’emplois. À quoi bon consulter des gens qui de toute façon s’y opposeraient?

Sur le front des hydrocarbures, on fera valoir que chez nous, l’Office national de l’énergie (ONÉ) veille à la sécurité et au respect de la réglementation, dans un souci du bien commun. Rappelons toutefois que dans le processus d’évaluation du projet de pipeline Énergie Est à l’été 2016, l’ensemble des commissaires de l’ONÉ chargés d’évaluer le projet a dû se récuser pour avoir rencontré des lobbyistes en catimini. Et que c’est à la rue, insistante, que nous devons cette récusation.

Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l’UQAM, s’intéresse aux questions d’acceptabilité sociale. Elle souligne que l’approche qui prévalait au siècle passé voyait la seule parole de l’expert être prise en compte dans l’évaluation des projets. Or, l’approche qui émerge à la fin du siècle pose, idéalement, la prise en compte du risque à la jonction de la parole de l’expert et du savoir profane. Il ne s’agirait plus d’éduquer le public, mais de favoriser sa participation.

Rappelons que le consensus scientifique en appelle à une transition rapide vers les énergies renouvelables. Que cet appel trouve écho dans la société civile, la Marche pour les sciences du 22 avril, un mouvement planétaire réagissant notamment au climato-scepticisme, en étant un récent et éloquent exemple. Il semble bien que ce soit dans la rue que doivent s’articuler pour l’instant participation citoyenne et sagesse populaire.

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