Alex Dorval – Regards sur nos patrimoines – Décembre 2020

L’indignation citoyenne face à la vente récente des 5 églises de la paroisse du Bon-Pasteur à Trois-Rivières survient quelques semaines à peine après le rapport de la vérificatrice générale déplorant d’importantes lacunes au ministère de la Culture et des Communications en matière de protection du patrimoine bâti du Québec.

Avec le projet de Loi 69, Loi modifiant la Loi sur le patrimoine culturel, la ministre Nathalie Roy visait notamment à augmenter les pouvoirs municipaux de protection du patrimoine. Ces responsabilités aux yeux des élus municipaux devront toutefois venir avec des ressources financières comme l’ont fait savoir les représentants de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) au journal Le Devoir.

Mobiliser les citoyens

Marc-André Godin, Chef de service – Planification et programmes à la Direction Aménagement et Développement Urbain de la Ville de Trois-Rivières est plutôt d’avis que le PL69 « va surtout changer le travail de la Ville d’un point de vue perceptuel, mais dans les faits en matière de patrimoine, nos responsabilités n’ont pas vraiment changé. » M. Godin indique que la Ville de Trois-Rivières dispose de plusieurs outils d’urbanisme permettant d’assurer la protection du patrimoine et que son équipe planche actuellement, en concertation avec les citoyen.nes et des experts en patrimoine, sur la rédaction de la première politique de patrimoine trifluvienne.

L’approche consultative de la Ville se décline en 3 grandes étapes dont la première consistait en un sondage en ligne qui s’est terminée en fin Août. Plus de 1100 citoyen.nes se sont prononcés sur leurs préoccupations et leur vision du patrimoine.

« Y’a un plan d’action qui va ressortir de cette politique-là. Y’a rien de pire qu’un plan d’action où la ville est la seule à entrer en action. Il faut plutôt que la ville joue un rôle de mobilisation mais que la prise en charge se fasse en partenariat avec les citoyen.nes. », fait valoir M. Godin.

La deuxième étape était de s’asseoir avec des experts dans les 5 domaines patrimoniaux (mobilier, immobilier, architectural, immatériel et paysager). 5 ateliers ont été organisé cet automne. Puis en février, une séance de consultation citoyenne en ligne permettra finalement de valider les grandes lignes du projet et d’apporter des modifications et ajouts au besoin avant d’entrer dans la phase concrète de rédaction de la politique. L’annonce de la politique est prévue pour juillet 2021.

La Ville de Trois-Rivières présentera en juillet 2021 sa première Politique sur le patrimoine trifluvien. – Capture d’écran vidéo de la Ville de Trois-Rivières : 2 minutes pour comprendre – l’Urbanisme

D’autres outils d’urbanisme

En plus de cette politique, M. Godin nous informe que la Ville de Trois-Rivières « est à finaliser une entente avec le ministère de la Culture et des Communications pour créer un fonds qui va nous permettre d’octroyer des subventions pour la restauration du patrimoine trifluvien. »

Parmi les autres outils d’urbanisme dont dispose la Ville de Trois-Rivières, M. Godin nous parle du Plan d’implantation et d’intégration architectural (PIIA), « un outil d’urbanisme qui gagne à être connu. Ça permet d’établir un dialogue entre ceux qui ont un projet et la Ville. Ça permet aussi au promoteur de prendre connaissance de ce que la Ville souhaiterait mettre de l’avant dans un projet de requalification ou de réaffectation d’un bâtiment. »

« On planche aussi pour 2021 sur un outil d’aide à la requalification des églises qui va permettre de prendre en considération l’ensemble des facteurs importants dans un projet de requalification d’une église. », ajoute-t-il.

L’église Sainte-Marguerite fait partie des 5 églises de Trois-Rivières vendue par la paroisse du Bon-Pasteur.

Requalifier nos églises

Selon M. Godin, les promoteurs et les fabriques de paroisse auraient tout intérêt à intégrer la ville et les citoyens plus tôt dans les processus de requalification des églises. Présentement, il admet qu’à la ville, « on l’apprend généralement après et par les médias. La collaboration en amont, on n’a pas assisté à ça actuellement. Je ne dis pas que ça va toujours être comme ça, mais en ce moment, disons qu’on se retrouve à la fin de la course. »

Même son de cloche du côté de Josée Grandmont, présidente du Conseil du patrimoine religieux du Québec et directrice générale du Musée des Ursulines à Trois-Rivières : « Les projets qui ont le mieux fonctionné sont ceux qui ont été chercher l’aval citoyen. »

Mme Grandmont affirme toutefois que si les citoyen.nes s’offusquent, c’est souvent malheureusement sans proposer une alternative :

« On voit des levées de boucliers au moment où l’annonce des ventes se fait, mais qu’est-ce qu’on amène du côté citoyen comme solution ? Les Fabriques n’attendent que ça que des citoyen.nes amènent des projets et des solutions ? »

Elle cite en exemple le projet de la Fromagerie du Presbytère à St-Élisabeth-de-Warwick ou encore celui d’une autre petite municipalité « où les citoyen.nes – et non seulement les paroissiens – ont accepté une augmentation de leur taxe foncière en vue de préserver leur église. »

Préserver le patrimoine religieux dans un contexte de laïcité

Dans les milieux urbains, le nombre d’églises à préserver semble trop grand en rapport au nombre de fidèles les fréquentant et contribuant à leur financement.

« Qui paye sa dime aujourd’hui ? », questionne Mme Grandmont. « La dime est déterminée selon un pourcentage de notre propriété foncière. L’église vivait par ça, mais aussi par la quête du dimanche, les baptêmes, les mariages et les services funérailles. Tous ces revenus sont en baisse. », fait-elle remarquer.

Il faut toutefois se rendre à l’évidence croit Mme Grandmont, même les gouvernements et les municipalités ont leur limite. « Un moment donné, on ne peut pas toutes les garder debout, on ne peut pas toutes les entretenir. Il faut faire des choix. », dit-elle ajoutant qu’il y a actuellement pour 40M de demande dans le Programme de Restauration des édifices à caractère religieux dont l’enveloppe annuelle est de 15M.  Des fonds qui proviennent du ministère de la Culture et des Communications.

Mme Grandmont souhaite pour sa part voir plus de mobilisation citoyenne en amont et évoque à cet égard les opportunités à saisir pour des projets en économie sociale : « L’économie sociale est très présente dans la requalification des églises. Il y a des projets très inspirants et qui impliquent à la fois des citoyens croyants et athés. »

Volonté citoyenne

Les églises s’inscrivent dans le patrimoine bâti des villes et villages du Québec et il semble que la perspective de leur démolition suscite l’émoi chez les fidèles, mais également chez plusieurs citoyen.nes athé.es pour qui celles-ci représentent à tout le moins, un pan identitaire de leur histoire et font partie intégrante du patrimoine paysager de leur milieu de vie.

Pour ce qui est des 5 églises récemment vendues sur le territoire de Trois-Rivières, M. Godin répond que s’il advenait que les nouveaux projets exigent des changements au règlement de zonage spécifique au lot de chacune des églises, « il y a moyen à ce moment pour les citoyens de se prononcer en faveur ou défaveur sur la construction d’un nouveau projet. »

Monastère des Ursulines situé sur la rue des Ursulines dans le Vieux Trois-Rivières. – Crédits photo : Dominic Bérubé

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