Jean-Claude Landry, janvier 2017

« L’attachement des citoyens à leur système public de santé et de services sociaux est profond… tout en reconnaissant qu’il y a place à l’amélioration, ceux-ci estiment qu’ils ont la chance de pouvoir compter sur des services de haute qualité lorsqu’ils y ont accès ». C’est ce qu’affirme, doit-on s’en étonner, le Commissaire à la santé et au bien-être dans une récente étude portant sur le panier de services offerts par notre système de santé et de services sociaux.

Aboutissement d’une vaste démarche de consultation menée durant près d’une année et visant à connaître l’appréciation des Québécois à l’égard de notre système de santé et de services sociaux, le document révèle à la fois des inquiétudes connues, notamment l’effritement des services et le glissement vers les ressources privées (voir le texte glissement vers le privé), mais aussi des attentes moins connues comme celles de miser davantage sur la prévention et l’offre de services sociaux.

Réaffirmant leur attachement au système public, les citoyens consultés remarquent que la recherche de l’équilibre budgétaire conduit à un resserrement des services couverts faisant en sorte qu’on doive ou bien recourir à des services privés ou, pire, s’abstenir de recevoir des soins ou services requis quand on n’en a pas les moyens.

commissaireLa consultation révèle, à l’instar des recherches sur la santé, une forte adhésion pour l’action sur les conditions de vie (éducation, emploi, environnement, conditions de logement, etc.) parce que celles-ci déterminent en bonne partie l’état de santé des citoyens. Or, on constate que les services de santé accaparant une proportion grandissante du budget de l’État, ce sont des secteurs névralgiques comme le développement des enfants, la persévérance scolaire ou encore la lutte à la pauvreté qui en souffrent. Pourtant investir adéquatement dans ces secteurs permettrait de réduire des problèmes de santé et de bien-être à la source.

Le rapport mentionne également le fait que le panier de services est davantage conçu autour des soins curatifs alors qu’il faudrait en faire beaucoup plus au niveau de la promotion de la santé et du bien-être ainsi que de la prévention, même si l’impact de ces efforts se manifeste souvent à moyen et à long terme. À cet égard, l’amputation récente de 30% des budgets de la santé publique est perçue comme un réel manque de vision de la part du ministre et de son gouvernement.

Autre préoccupation qui ressort de la consultation: l’amélioration des services aux personnes ayant des problèmes psychosociaux dont les besoins sont tout aussi importants que ceux des personnes ayant un problème de santé physique. Parents pauvres du système, les services sociaux sont souvent perçus comme de moindre importance relativement aux services de santé alors que les besoins de services psychosociaux, en croissance dans toutes les catégories d’âge, devraient faire en sorte qu’ils soient considérés non comme subalternes, mais véritablement complémentaires aux services de santé.

D’autres réalités ont également été abordées dans le cadre de cette grande démarche de consultation : l’accès à des services infirmiers, psychothérapeutiques et des suivis nutritionnels hors établissements; l’accès plus que limité aux services de physiothérapie obligeant le recours au privé; l’absence de soins dentaires assurés pour les 10 ans et plus ainsi que les services de soutien aux personnes proches aidantes.

L’effort déployé par le Commissaire à la santé et au bien-être pour écouter les préoccupations des citoyens sur leur système de santé témoigne éloquemment du rôle stratégique qu’il jouait afin d’assurer la prise en compte, au-delà des agendas des gouvernements en place, des préoccupations de la population en matière de service de santé et de services sociaux. On ne peut que regretter l’abolition de cette institution, gardienne des intérêts des citoyens, dans le contexte des dérives actuelles en matière de gouvernance publique, mais faut-il s’en étonner ?

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