pub

Marie-Pier Bédard, mars 2019

*PREMIER D’UNE SÉRIE DE DEUX TEXTES (Prochain texte à paraître en avril).

En janvier 2019, nous apprenions la décision de Santé Canada de maintenir au pays l’approbation du glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup de Monsanto. En novembre 2015, le Canada avait renouvelé son autorisation pour une période de 15 ans. Or, en novembre 2018, à la suite de révélations faites lors d’un procès contre Monsanto aux États-Unis, Santé Canada avait décidé d’entreprendre une nouvelle analyse des études qui avaient préalablement justifié l’approbation du glyphosate. Cette analyse aura été de courte durée.

Glyphosate
En août 2018, Monsanto a été condamné à verser 290 millions de dollars à un jardinier atteint d’un cancer attribué au glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup. Les avocats du jardinier avaient réussi à démontrer une manipulation des études « scientifiques » par la multinationale.
Crédits : Shutterstock

Qu’est-ce que le glyphosate?

Le glyphosate est la molécule active du Roundup, l’herbicide le plus utilisé au Québec, au Canada et dans le monde. Son fonctionnement : la molécule pénètre dans les organes de la plante et se répand à travers toute cette plante grâce à la sève. C’est un « herbicide total » qui tue tout ce qui pousse. Ainsi, pour survivre au glyphosate, les plantes cultivées sont modifiées génétiquement. En effet, Monsanto a mis au point des plantes transgéniques capables de résister au Roundup : du maïs, du soya et du canola. Donc, même si vous pulvérisez la totalité de votre champ, toutes les plantes vont mourir, toutes les mauvaises herbes, sauf vos plantes transgéniques. Le succès commercial du glyphosate repose sur l’efficacité du produit et son faible coût. Il a été commercialisé par Monsanto en 1974. En 2000, le brevet est entré dans le domaine public. Il en existe actuellement plus de 750 variétés.

Marie-Pier BédardPourquoi le glyphosate est-il controversé?

En mars 2015, quelques mois avant que le Canada renouvelle l’autorisation du glyphosate pour une période de 15 ans, le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé le glyphosate comme un cancérigène probable pour l’homme. Parallèlement, depuis quelques années, les recours juridiques contre Monsanto se sont multipliés. Monsanto est poursuivi par un nombre croissant de plaignants victimes, ou par des proches de victimes décédées d’un « lymphome non hodgkinien », un cancer du sang rare, et qu’ils attribuent à une exposition au glyphosate. Ces recours juridiques ont permis la « déclassification » de documents connus sous le nom de « Monsanto Papers ». Ces documents démontreraient que le géant de la biotechnologie agricole fait des pieds et des mains pour que la toxicité du glyphosate ne soit pas ébruitée. En août 2018, dans un jugement historique, Monsanto a été condamné à verser 290 millions de dollars à un jardinier atteint d’un cancer attribué au glyphosate (montant réduit en appel).

C’est donc en créant une certaine controverse que Santé Canada a annoncé sa décision de maintenir l’approbation du glyphosate. D’après les conclusions de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire du Ministère (ARLA), les pesticides contenant du glyphosate seraient sans danger dans la mesure où ils sont utilisés de manière appropriée. Cette décision a évidemment fait beaucoup réagir. Certains groupes de défense de l’environnement et de la santé, grandement déçus de la décision d’Ottawa, avancent même que  « la démarche scientifique adoptée par Santé Canada semble avoir été compromise par des données manipulées et des analyses faussées ». Considérant que le processus d’évaluation des risques du glyphosate sur la santé et l’environnement a été compromis, Équiterre demande maintenant l’interdiction du glyphosate au Canada.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here