Stéphanie DufresneStéphanie Dufresne – Environnement – juillet 2021

Pour qui sait la reconnaître, l’étendue de la renouée du Japon dans la région saute aux yeux. Bien qu’elle soit considérée comme l’une des cent pires plantes envahissantes sur la planète et qu’elle modifie les milieux naturels et habités, peu d’actions sont actuellement mises en œuvre pour la contrôler.  

Plutôt jolie, la renouée du Japon est considérée comme l’une des cent pires plantes envahissantes sur la planète. – Source : Gouvernement du Québec

Parce qu’elle est plutôt jolie, la renouée du Japon (Reynoutria japonica Houttuyn), aussi appelée bambou japonais a été importée d’Asie et introduite dans les plates-bandes comme plante d’ornement au début du 19e siècle. Elle connaît aujourd’hui une expansion fulgurante et envahit les berges des cours d’eau, les fossés et les terrains en friche, supplantant les plantes indigènes qui s’y trouvent.

Cette plante herbacée vivace a tout pour prospérer : elle pousse rapidement sur une grande variété de types de sols, peut atteindre 4 mètres de hauteur et crée de larges massifs dont le système racinaire empêche la croissance des autres plantes. Ses rhizomes, sous terre, peuvent atteindre 2 mètres de profondeur et s’éloigner jusqu’à 7 mètres du plant d’origine. Elle se multiplie facilement par ses racines et même un tout petit fragment de tige peut produire un nouveau plant. De plus, le réchauffement climatique lui est favorable puisque l’allongement de la saison permet maintenant à ses graines d’arriver à maturité.

Lorsqu’elle s’implante dans un milieu, la renouée du japon affecte la biodiversité. Elle s’installe facilement en bordure des cours d’eau puisque ses fragments et ses graines sont souvent transportés par l’eau. Ne retenant pas bien le sol du rivage, sa présence entraîne une érosion des berges. En milieu habité, ses racines peuvent perforer l’asphalte et les fondations des maisons Elle fait également passer un mauvais moment aux jardiniers amateurs qui cherchent à l’éliminer.

Chez nos voisins ontariens, il est illégal de cultiver la renouée du Japon. Au Québec, certaines municipalités, comme Baie-Saint-Paul, légifèrent pour l’interdire sur leur territoire.

Tiges de la Renouée du Japon

Une lutte de longue haleine sur l’île Saint-Quentin

En 2015, le Comité ZIP Les Deux Rives a bénéficié d’un programme de soutien financier de la Fondation de la faune du Québec pour lutter contre la propagation de la renouée du Japon sur l’île Saint-Quentin. Le Comité avait alors recensé 31 colonies de ces plantes envahissantes sur l’île, qui couvraient 3500 mètres carrés.

Selon Sophie Lacoursière, coordonnatrice au Comité ZIP Les Deux-Rives, le projet visait à faire en sorte que la renouée du Japon ne colonise pas plus d’espace dans ce milieu humide riche en biodiversité. Les tiges furent coupées et les rhizomes de surface arrachés manuellement. Puis les zones touchées ont été recouvertes d’une toile géotextile robuste. L’année suivante, le comité a planté des tiges de saules au travers d’incisions dans la toile, pour faire compétition à la plante envahissante. Six ans plus tard, il n’est pas question d’enlever les toiles. « Notre action a permis de contenir la propagation, mais il faut continuer à aller arracher les repousses en bordure de la toile. On ne peut pas parler d’éradication, mais seulement de contrôle. Cette plante est coriace, c’est un combat de très longue haleine », explique madame Lacoursière.

Dans l’ouvrage 50 plantes envahissantes – Protéger la nature et l’agriculture, le chercheur Claude Lavoie explique que l’excavation profonde est la seule méthode éprouvée pour éradiquer la renouée du Japon. Le sol contenant les rhizomes est irrécupérable et doit être acheminé vers un site d’enfouissement sanitaire ou un dépôt de sols contaminés.  Les études démontrent que la tonte ou le recouvrement à l’aide d’une toile occultante donnent des résultats partagés. Sur le web, on trouve des initiatives qui mettent à contribution des moutons ou des porcs pour manger les tiges et déterrer les racines de la renouée du Japon dans les milieux envahis.

Renouée du Japon sur le site des Vieilles forges du Saint-Mauricie – Photo Stéphanie Dufresne

Le contrôle par l’assiette

Cueillies au printemps, les jeunes pousses tendres et comestibles de renouée du Japon ressemblent à des asperges au goût de rhubarbe et d’oseille. Il n’en fallait pas plus pour que Isabelle Dupuis, chef-propriétaire du Restaurant Le Presbytère de Saint-Stanislas, la mette au menu. Depuis quelques mois, elle développe des recettes : brioches, puddings et crèmes glacées à la renouée du Japon, mais aussi en soupe, en marinades ou enroulées dans du jambon avec une sauce à base de fromage. « Les gens sont agréablement surpris, il y a un très bel accueil pour ces nouveaux produits », se réjouit-elle.  La microbrasserie Le Presbytère propose même une bière à la renouée du Japon : « la Repentante », une bière de type Gose à 3,6% d’alcool sera sur l’ardoise jusqu’à la fin du mois de juillet.

Vu la présence répandue de la renouée du Japon dans la région, Isabelle Dupuis ne manquera pas de sitôt de cette matière première pour ses recettes. Mais même si elle souhaite faire découvrir la valeur culinaire de cette plante, elle croit qu’il est tout aussi important que le grand public soit informé de ses impacts négatifs sur le milieu. « Depuis que je la cuisine au restaurant, plusieurs personnes m’ont offert des plants de renouée du Japon pour mon jardin. Les gens n’ont pas conscience qu’il ne faut pas la propager car ensuite elle prend toute la place et il est impossible de s’en débarrasser. Il y a de l’éducation à faire à ce sujet », conclut-elle.

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