Ivan Suaza, directeur du Service d’accueil des nouveaux arrivants de Trois-Rivières, février 2017

2 septembre 2015. Le corps du petit Aylan Kurdi, jeune kurde syrien, est retrouvé sur une plage de Turquie. La photo de sa dépouille crée une onde de choc qui se propage rapidement à travers le monde et relance le débat public sur l’accueil des réfugiés syriens.

Au Canada, en pleine période électorale, les candidats sont appelés à se prononcer sur l’enjeu. Le chef du parti libéral, Justin Trudeau, fait alors la promesse d’accueillir 25 000 réfugiés syriens avant la fin décembre 2015. Son élection en octobre concrétise la promesse libérale qui deviendra la cible gouvernementale.

Au Québec, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) est appelé à préparer l’arrivée de plus de 7000 réfugiés. Il contacte les organismes partenaires et les maires des treize villes désignées pour les accueillir.

Trois-Rivières, qui figure au nombre de ces villes, réagit rapidement. On convoque une réunion d’urgence de la table locale d’immigration. Des plans d’action de contingence sont élaborés. Dans les démarches, on inclut les écoles primaires et secondaires, les partenaires en francisation, les institutions de santé, la sécurité civile et les représentants de différents organismes communautaires.

Les intervenants du Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières et ses bénévoles se mettent de tout cœur à l’ouvrage afin de prévoir le nécessaire pour les familles syriennes qui viendront s’installer chez nous, et ce, tout en assurant l’accueil des réfugiés d’ailleurs, notamment colombiens et africains, qui eux continuent d’arriver.

Dans les médias, les nouvelles qui touchent les réfugiés syriens contribuent à sensibiliser la population. Des centaines de personnes offrent de leur temps au SANA pour aider à l’accueil, alors que d’autres se proposent pour parrainer des familles. Des propriétaires d’appartements appellent pour offrir leurs logements disponibles. Les églises, toutes confessions confondues, ouvrent leurs portes à la solidarité. Les appels pour les dons de vêtements et de meubles se multiplient.

Enfin, le 27 janvier 2016 en soirée, Trois-Rivières est fin prête pour accueillir les deux premières familles syriennes (quatre adultes et dix enfants). Elles seront rejointes par d’autres tout au long de l’année.

Au final, ce seront vingt familles syriennes et douze de diverses nationalités qui seront accueillies en 2016, un total de 160 personnes, dont 97 enfants.

Petit à petit, la vie reprend son cours, même si le choc initial et les horreurs de la guerre restent bien ancrés dans la mémoire des nouveaux arrivants. Il est encore toutefois trop tôt pour qualifier la situation de réussie. Soulignons cependant les efforts déployés par les réfugiés pour s’adapter à leur nouvelle réalité, tels que leur francisation en cours. Félicitons également les bénévoles de la communauté d’accueil qui se sont jumelés aux familles de réfugiés pour leur montrer les choses pratiques à connaître sur notre culture. Grâce à la volonté des réfugiés et à la contribution des personnes jumelées, nous pourrons d’ici peu de temps parler d’une intégration réussie.

L’intégration, une responsabilité historique L’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) rendait publique, en janvier 2016, une recherche intitulée « Le Québec rate sa cible » concernant les efforts du Québec en matière de francisation et d’intégration des personnes immigrantes. On y déplore des lacunes importantes au niveau du soutien et de l’encadrement pour accompagner adéquatement les personnes immigrantes dans l’apprentissage du français. Compte tenu des seuils d’immigration plus élevés au cours des derniè- res années, les moyens nécessaires n’ont pas été mis en place afin d’assurer adéquatement l’intégration des personnes immigrantes à la majorité francophone. Entre autres recommandations, on mentionne la nécessité de bonifier les formations en francisation. « Le Gouvernement du Québec, affirment les auteurs, fait face, en ce domaine, à une responsabilité historique. »

Source: « Le Québec rate sa cible », les efforts du Québec en matière de francisation et d’intégration des immigrants: un portrait, Jean Ferretti, janvier 2016

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