Lauréanne Daneau, directrice environnement Mauricie, avril 2018

« Pourquoi trier à la maison, il y a des gens payés pour le faire ! » « De toute façon, la moitié du bac bleu est jetée à la dompe ! » Avec tous les ouï-dire, avoir l’heure juste relève du défi. À l’aube du Jour de la Terre, rétablissons certains faits.

Les mythes sont légion en matière de récupération (action de trier et de collecter) et de recyclage (donner une seconde vie à la matière). Alors que la Chine resserre ses critères concernant l’importation des matières récupérées, doit-on s’attendre à des problèmes de débouchés en Mauricie ? Selon Daniel Cassivi, directeur général de Groupe RCM, la région s’en sort très bien, mais peut faire mieux.

À quoi bon trier à la maison ?

En Mauricie, le centre de tri situé à Saint-Étienne-des-Grès emploie 93 personnes. Devant elles, le contenu des bacs bleus défile sur un tapis roulant, leur permettant ainsi de retirer les matières non recyclables. Pourquoi alors trier à la maison ? Parce qu’un bac de récupération contenant beaucoup de déchets complique le triage pour les employés et augmente les coûts de traitement (et vos taxes municipales). Le bac ne doit contenir que des imprimés, contenants et emballages.

La sécurité des travailleurs est également en cause. Un fil de fer ou une planche de bois clouée qui passe sur le tapis peut blesser les trieurs. De plus, ces matériaux doivent être rejetés alors qu’ils auraient pu être récupérés à l’écocentre. L’absence de triage à la maison contribue aussi à l’enfouissement de matières recyclables. Quand on emballe du métal, carton et papier dans des sacs de plastique noués, comme les trieurs n’ont pas le temps de défaire les sacs, ceux-ci sont rejetés.

Pour Sylvie Gamache de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, la qualité de cette gestion repose sur une responsabilité partagée par les différents intervenants. À l’étape de la conception des produits, l’utilisation de matériaux recyclés et d’un emballage minimal diminue la production de matières résiduelles. Les gouvernements, pour leur part, peuvent encourager la création de nouvelles filières de récupération et stimuler le marché par des mesures incitatives. Le but doit être le même pour tous : n’enfouir que le résidu ultime.

Secrètement jeté ou réellement recyclé ?

Il est faux de prétendre que la moitié du contenu des bacs de récupération est jetée. En fait, 92 % de la matière est triée et expédiée à des recycleurs, selon Daniel Cassivi. De plus, avec l’investissement récent de 3,2 millions de dollars pour les équipements du centre de tri, la qualité des matières est améliorée, notamment du fait que le verre est retiré plus tôt dans le processus de triage, ce qui réduit la contamination des produits finaux.

Un changement de perception s’impose : les déchets sont des ressources payantes. L’usine Kruger à Trois-Rivières consomme 3,6 millions de tonnes de carton recyclé au lieu d’acheter du neuf. Soleno Recyclage, situé à Yamachiche, achète des résidus de plastique et les transforme en conduites d’eau. Ces pratiques doivent devenir la norme pour que les matières soient consommées en boucle plutôt qu’enfouies alors qu’elles ont encore une valeur.

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