Mireille Pilotto – Regards sur nos patrimoines – Décembre 2020 

Est-ce que tous les « vieux » édifices sont patrimoniaux ? Comment trancher la question et sur quelles bases ?

La vente récente de cinq églises à Trois-Rivières a suscité certaines protestations dans la collectivité. Elle a ramené à la surface la notion de patrimoine, mais aussi la conception très floue que nous en avons.

Une définition difficile à établir

La fondation Héritage Montréal, un organisme sans but lucratif voué à la protection et à la promotion du patrimoine montréalais, examine la question en long et en large depuis 1975, en s’appuyant sur l’expertise de l’UNESCO et de chercheurs du monde entier dans ce domaine. On peut donc s’y fier pour éclairer notre lanterne.

Premier constat, il est difficile de définir le patrimoine parce qu’il « est incarné dans une diversité d’objets ou d’autres aspects de notre mémoire[i] ». De fait, qu’on en soit conscient ou non, il se présente à nous dans le quotidien sous des formes concrètes très variées : archives, monuments, bâtiments, quartiers, vestiges archéologiques, etc. Il existe également sous une forme « invisible », par exemple nos traditions et coutumes, les modes d’expression de notre culture, des savoir-faire ancestraux, etc.

En matière de patrimoine, matériel ou immatériel, il faut retenir que « tout peut être porteur de mémoire, [mais que] tout n’a pourtant pas la même signification ». En effet, le sens qu’on attribue à tel ou tel élément du patrimoine varie suivant les personnes et les époques. Ce qui avait une signification il y a un siècle n’en a peut-être plus autant aujourd’hui – c’est le cas des églises au Québec.

Crédits : Dominic Bérubé

En somme, l’intérêt qu’on accorde au patrimoine « provient de la valeur que l’on attribue collectivement ou individuellement à un lieu ou à un objet. » Et le mot important ici est valeur, car c’est elle qui détermine le caractère patrimonial sous ses multiples facettes. On la retrouve aussi dans la Loi sur le patrimoine culturel qu’a adoptée le gouvernement du Québec en 2012 dans sa définition d’un site patrimonial : « Un lieu, un ensemble d’immeubles ou […] un territoire qui présente un intérêt pour sa valeur archéologique, architecturale, artistique, emblématique, ethnologique, historique, identitaire, paysagère, scientifique, urbanistique ou technologique. »

Des critères pour y voir clair

Pour décider du caractère patrimonial d’un site (cela peut comprendre un bâtiment, un monument, une œuvre d’art, un parc, une rue, etc.), Héritage Montréal a établi une liste d’environ vingt valeurs, en quelque sorte des critères « de pointage » du patrimoine, qui rejoignent ceux choisis par les gouvernements québécois et canadien.

Outre les valeurs plus évidentes reliées à l’architecture, à l’art et à la culture, mentionnons, entre autres, en les définissant très brièvement, la valeur de rareté et d’âge : un bâtiment peut être un rare exemple encore visible ou représenter un type de construction ancien ; la valeur associative : un site peut avoir un lien avec un événement ou une personne ; la valeur économique : le patrimoine bâti contribue au visage d’un quartier, à sa popularité ou à son attrait touristique et peut faire hausser le prix des maisons ; la valeur émotionnelle : les visiteurs ou usagers d’un site peuvent ressentir un attachement particulier à un lieu ; la valeur sociale : une collectivité peut apprécier un parc sans égard à sa valeur historique ou architecturale.

Consultez les autres articles de notre dossier spécial : Regard sur nos patrimoines – Crédits photo : Dominic Bérubé

Intention et action municipale

Comme on peut le voir, le patrimoine n’est pas le monopole du passé, bien qu’il y soit souvent relié, et sa détermination requiert un examen poussé et attentif. Ainsi, un site ne devient pas patrimonial simplement parce qu’il est vieux ou que certaines personnes l’aiment. On peut donc souhaiter que les administrations municipales confient à des personnes compétentes la tâche de cibler les sites qui répondent à des critères solides et universels.

Deuxième ville fondée en Nouvelle-France, Trois-Rivières s’est longtemps enorgueillie d’être une « ville d’histoire et de culture ». Soulignons qu’elle planifie d’adopter prochainement sa première politique du patrimoine « afin de se donner une vision concertée, un cadre cohérent et un plan d’action sur le patrimoine trifluvien », ce dont on peut certainement se réjouir. Cette orientation s’était concrétisée il y a quelques années par la création d’une direction du patrimoine au sein de Culture3R. L’actuel directeur Romain Nombret voit dans cette politique « un bel outil pour harmoniser et baliser le travail relatif au patrimoine, qui est mené en concertation avec l’appareil municipal ». Espérons qu’on impartira à cette personne et à son équipe le temps nécessaire pour faire les analyses visant la sauvegarde et la valorisation des biens patrimoniaux afin que, le cas échéant, ces actions ne soient pas qu’un vœu pieux.

Car, comme le souligne Héritage Montréal, « malheureusement, on prend souvent conscience de notre patrimoine lorsqu’il est menacé de démolition ou de défiguration. Or, le patrimoine, on ne le perd qu’une fois. »

Sauver notre patrimoine : agir ensemble en amont

Sources 

[i] Toutes les citations attribuées à la fondation Héritage Montréal sont tirées de son document pédagogique Le patrimoine, c’est quoi ? ; ces extraits sont reproduits avec l’aimable autorisation de la Fondation.

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