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Isabelle Ayotte – janvier 2021

La violence faite aux femmes dans un contexte conjugal est un problème de société. Les inégalités et les stéréotypes liés au genre sont des facteurs de risque des féminicides. Beaucoup d’éducation reste à faire pour changer les mentalités.

Que leur passe-t-il par la tête?

Pour en arriver à commettre un meurtre d’anéantissement, où le nombre de coups de couteaux dépasse largement le nombre requis pour que la mort subvienne, le monologue intérieur du meurtrier y est pour quelque chose. La personne violente interprète des comportements, leur donnant une signification souvent démentie par la personne concernée, mais l’objectivité des faits ne saura les ramener à la raison. Le fil qui tient leur discours est maintenu par une recherche de contrôle, pas par les faits. Les hommes violents ont en commun une possessivité de leur compagne, comme si elle leur appartenait, comme si elle n’était qu’un objet qui doit rester à sa place, c’est-à-dire, dans son rôle, sa fonction. Le point de départ du féminicide conjugal est, sept fois sur dix, la rupture amoureuse. L’objet leur échappe. Cette perte nourrit un discours intérieur qui tient plus de l’obsession. Les hommes violents, avec leurs distorsions cognitives, arrivent à se dire victimes. C’est de sa faute à elle. Oui mais c’est elle qui. Ils se déresponsabilisent de leurs actions et culpabilisent leurs victimes.

Facteurs de risque

Au niveau sociétal, l’INSPQ répertorie trois facteurs de risque de violence conjugale. Ce sont les inégalités entre les hommes et les femmes, les normes sociales prônant une certaine tolérance à la violence et les normes stéréotypées en fonction du genre.

Au niveau psychologique et social, certaines caractéristiques ressortent plus fréquemment dans les profils d’hommes violents : jeune âge et niveau socioéconomique plus faible, patrons d’attachement insécurisant, symptômes de détresse psychologique, difficultés dans la gestion de la colère et hostilité, troubles de la personnalité, abus d’alcool et de drogue, déficit des habiletés sociales et de communication et difficultés conjugales. Comme la violence est multifactorielle, il y a plusieurs leviers d’interventions possibles.

Le point de départ du féminicide conjugal est, sept fois sur dix, la rupture amoureuse. – Love shouldn’t hurt. Source : Sydney Sims via Unsplash

Facteurs de protection

Dans les facteurs qui protègent les victimes de violence conjugale, on note le filet social, le soutien des proches et l’autonomie financière. La vigilance de l’entourage est primordiale, surtout au moment de la séparation. Un faux sentiment de sécurité peut être lié à la reprise de son pouvoir personnel et à la capacité de quitter une relation toxique, mais il est conseillé de ne pas rester seule.

L’éducation

Une éducation axée sur des stéréotypes liés au genre est un facteur de risque de violence. On a forgé une vision polarisée des hommes et des femmes. Chaque genre est rattaché à un profil qui limite les choix dans le style de vie. On le sait, les hommes ont accès à plus d’espace dans la sphère publique et plus de droits. Vivek Shraya, dans son livre J’ai peur des hommes, le formule ainsi : « J’aurais souhaité, lorsque j’ai appris à devenir un homme, qu’au lieu de me montrer comment prendre plus de place, on m’ait montré à respecter celle des autres. » Dans la lutte vers l’égalité homme-femme, l’abolition de ces impératifs liés au genre permettrait autant aux filles qu’aux garçons de devenir qui ils veulent. Nancy Huston, dans son essai Reflets dans un œil d’homme, démontre comment et à quel point la misogynie a été intériorisée même chez les femmes. Heureusement, les perceptions changent.

Résolution 2021

Comme résolution sociale pour l’année 2021, j’aimerais que l’école donne des cours d’empathie, d’identification et de la gestion des émotions, d’habiletés sociales, de communication non violente et d’affirmation de soi. Donnons-nous des outils pour qu’une vie de violences ne soit pas une option. Il faut rééduquer le droit à la parole des femmes dans toute la société, pour que cette parole soit dite, et aussi entendue, sans être tuée.

Source

https://ici.tou.tv/homicide-conjugal-la-mecanique-du-crime/S01E0

https://ici.tou.tv/madame-revient-de-loin/S01E01?lectureauto=1

https://aocvf.ca/enjeux/la-violence-psychologique/

https://voirlaviolence.ca/

https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/conjoints-ayant-des-comportements-violents

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1755231/vickie-langlois-temoignage-agression-violence-conjugale

https://www.lecourrier.qc.ca/vigilance-et-soutien-deux-facteurs-de-protection-face-a-la-violence/

https://www.positivia.fr/violence-psychologique-violence-emotionnelle/

https://www.francebleu.fr/emissions/la-vie-en-bleu-le-dossier-en-poitou/poitou/les-signes-de-la-violence-conjugale

https://www.arrondissement.com/mauricie-list-bottin/t1/a3-femmes/

https://accordmauricie.com/

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme, Actes Sud, 2012

Vivek Shraya, J’ai peur des hommes, les éditions du Remue-ménage, 2020

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