Par Stéphan Béland

 

De septembre à novembre 2016, le Ministre de l’Éducation procède à une grande consultation pour une politique de la réussite éducative sous le thème « L’éducation : parlons d’avenir ». Une des nombreuses pistes d’action que le Ministre propose est de rendre obligatoire le cours d’éducation financière au dernier cycle du secondaire. Mais qu’en est-il exactement de ce cours? À l’heure où La Gazette de la Mauricie s’intéresse à l’économie sociale, force est de constater que ce cours s’incarne dans le monde capitaliste d’aujourd’hui et demeure excessivement timide concernant une quelconque réflexion possible sur le système économique dans lequel on vit.

D’entrée de jeu, c’est clair : les deux buts visés par le cours d’éducation financière sont d’amener les élèves à développer un sens critique dans la gestion de leurs finances personnelles et leur faire développer la confiance et la connaissance de soi nécessaires à leur bien-être financier. Axé sur le développement de la compétence « Prendre position sur un enjeu financier », ces buts devraient être atteints par l’entremise de trois enjeux financiers : consommer des biens et services, intégrer le monde du travail et poursuivre des études. D’aucuns pourront louanger le fait que, pour être « pratico-pratique », le cours d’éducation financière l’est! Mais pour celles et ceux qui souhaitent que les jeunes en formation fassent un bon début de réflexion, dès le secondaire, sur l’économie, son système et son impact sur les personnes, on repassera! Vous venez de le lire, on centre l’apprentissage sur le bien-être financier du jeune (de la personne) sans apporter de réflexion concrète sur le bien commun, le vivre en société.

De manière plus pratique, le programme spécifie que l’éducation financière est fortement liée au domaine général de formation qu’est l’Environnement et consommation. Il faut savoir que ce domaine général vise tout de même à outiller les élèves pour qu’ils soient en mesure de reconnaître les sources d’influence multiples pouvant modeler leur comportement de consommateurs. Si nous prenons, par exemple, l’enjeu financier « Consommer des biens et services », les élèves pourront être en mesure de distinguer les besoins des désirs et de développer de bonnes habitudes de consommation. En cette ère où nous pouvons acheter des biens et services sur le bout de nos doigts assis dans notre salon, il peut s’avérer important – même très important – de faire ce genre d’apprentissage : on ne jouera pas à l’autruche avec le monde actuel dans lequel on vit! Mais ce nouveau programme, sans faire l’éloge directe du monde de la consommation, manque tout de même d’éléments qui pourraient éduquer un futur citoyen dans sa relation avec les autres – le vivre en société – sur le plan de l’économie. Presque tout tourne autour du comportement de l’individu en tant que consommateur; presque rien sur le comportement de citoyen.

Presque rien puisque, en effet, ce nouveau cours de 50 heures pour une année scolaire apporte certaines précisions des apprentissages. Notons ici : les raisons pour lesquelles l’État prélève des impôts ainsi que la fraude fiscale et ses conséquences. Rien n’est perdu pour la réflexion citoyenne… mais il faut fouiller longuement le programme pour trouver des éléments la suscitant.

Bref, ce nouveau programme est assurément une porte d’entrée concrète dans le capitalisme de consommation pour les jeunes en formation. Il s’agit aussi d’une bonne amorce de réflexion sur leurs finances personnelles. Il faudra simplement « s’organiser » pour leur expliquer qu’ils vivent aussi avec « l’autre » et que, avec cet « autre », ils vivent dans une société où tout le monde est important… même quand on parle d’économie!

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