Daniel Landry – Vice-président du comité de solidarité de Trois-Rivières – janvier 2020 

Le décompte est amorcé. Moins d’un an avant les élections présidentielles qui devraient sonner le glas à la présidence Trump. Les électeurs américains comprendront l’erreur monumentale commise en novembre 2016 lorsqu’ils ont préféré le milliardaire Donald Trump à l’expérimentée Hillary Clinton. Ils voteront donc sans hésitation pour la candidature démocrate. À moins que…

À moins que Donald Trump ne soit plus résilient qu’on le pense. Après tout, n’a-t-il pas réussi à remporter l’investiture républicaine en 2016 alors qu’il n’était qu’un des 17 candidats? Il avait réussi à coiffer au fil d’arrivée les favoris républicains Jeb Bush, Marco Rubio et Ted Cruz, trois politiciens plus expérimentés que lui. Par la suite, n’a-t-il pas réussi à battre Hillary Clinton, en dépit des propos sexistes et racistes, des mauvais sondages et de son style outrageusement coloré? Et aujourd’hui, ne réussit-il pas à maintenir l’appui de sa base électorale malgré ses tendances autoritaires, ses propos xénophobes, ses « fake news » et sa diplomatie improvisée.

Le 4 novembre 2020, il se pourrait que Donald Trump soit battu et qu’il doive quitter la Maison Blanche en janvier 2021. Dans cette éventualité, une autre question se pose. Reconnaîtra-t-il sa défaite? Crédits : Dale Greer, U.S. Air National Guard

Trump ne plait pas à la majorité, mais il continue de tenir tête aux institutions américaines, ainsi qu’aux pays étrangers (rivaux comme alliés). Quand on l’attaque, il contre-attaque. Quand on l’accuse, il nie et discrédite l’accusateur. Tweet après tweet, il construit son mythe du défenseur du bon peuple contre un establishment déconnecté. Son discours réfère sans cesse à ses deux slogans de campagne : « America First » et « Make America Great Again ». Déjà, il prépare habilement sa campagne de 2020 autour de thèmes porteurs : emplois créés grâce à des politiques plus protectionnistes (face à la Chine, mais aussi face au Canada et au Mexique); à la sécurité internationale accrue grâce aux rapprochements avec le régime nord-coréen, à l’assassinat d’al-Baghdadi en Syrie et au renoncement à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran; et à des frontières mieux protégées grâce à des politiques migratoires plus rigides. Peu importe si ces affirmations sont vraies, l’important est de les répéter ad nauseam.

Non, Donald Trump n’est pas encore battu. Il profitera d’ailleurs des divisions internes au sein du parti rival pour discréditer ses adversaires. C’est déjà commencé, comme en témoignent ses attaques contre les candidats Biden, Warren, Sanders et Harris. Ironiquement, la procédure de destitution à son encontre lui permettra sans doute de se présenter comme la victime des dangereux démocrates. Sachant que cette procédure n’a pas la moindre chance d’aboutir (il faudrait l’appui des deux tiers d’un Sénat à majorité républicaine), Trump ne peut que sortir gagnant de débats qui risquent de déchirer le pouvoir législatif, et plus particulièrement le parti démocrate.

Nonobstant ce qui précède, il se pourrait que Donald Trump soit battu le 4 novembre 2020 et qu’il doive quitter la Maison Blanche en janvier 2021. Dans cette éventualité, une autre question se pose. Reconnaîtra-t-il sa défaite? Quelques jours avant l’élection de 2016, Trump avait déclaré qu’il n’allait pas reconnaître les résultats d’une élection favorable à Hillary Clinton. Qu’en sera-t-il en 2020? En prenant pour acquis qu’une défaite équivaudrait à une humiliation inenvisageable pour le narcissique Trump, comment agira-t-il? S’enchaînera-t-il à son Bureau ovale, refusant de quitter le pouvoir? La question ne semble qu’hypothétique et farfelue. Cependant, si Trump refuse de reconnaître sa défaite, ce sont des millions de ses partisans qui refuseront également le résultat. D’où les risques d’une crise politique et sociale sans précédent entre novembre 2020 et janvier 2021.

Quelles que soient les conclusions du règne Trump, des traces indélébiles demeureront sur l’Amérique et le monde entier. Les tensions sont palpables entre les États-Unis et les autres puissances (Chine et Russie en tête). Les discours haineux et mensongers sont normalisés et deviennent partie prenante du débat public. La notion de bien commun cède le pas aux intérêts purement capitalistes. Tant pis pour la lutte à la pauvreté, pour la coopération internationale et pour la lutte aux changements climatiques. Que Trump quitte la Maison Blanche en 2021, en 2025 ou quelque part entre les deux, les chantiers de reconstruction seront monstrueux.

Pour en savoir plus : www.cs3r.org 

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