La Gazette de la Mauricie, en collaboration avec le Pôle d’économie sociale Mauricie et la Caisse d’économie solidaire Desjardins, vous présente la série Cap sur l’innovation sociale. Dans chacune de nos parutions d’ici juin 2018, nous mettrons en lumière un projet ou une initiative entrepreneuriale qui répond de façon originale à un besoin de notre collectivité. Voici le troisième de la série de neuf reportages.

Caisse d'économie solidaire Desjardins

Économie sociale Mauricie

Steven Roy Cullen Gazette de la Mauricie

Steven Roy Cullen, décembre 2017

Quand Patrick nous fait visiter son appartement, il est visiblement fier des efforts investis avant notre arrivée pour rendre les lieux propres et accueillants. À le voir et à l’écouter répondre à nos questions, on en vient rapidement à comprendre toute la signification du nom du lieu où il habite :  Premier Envol. En effet, c’est là que Patrick déploie ses ailes.


Premier Envol est un organisme à but non lucratif de Louiseville qui gère un immeuble à logements entièrement réservé aux personnes atteintes d’une déficience intellectuelle légère à moyenne ou d’un trouble du spectre de l’autisme. Pour ces individus, la vie en appartement peut présenter de nombreux défis et un accompagnement s’avère souvent nécessaire.

« Il y a des intervenantes sur place de 8 h à minuit, et des gardiens de minuit à 8 h. Il y a donc une supervision 24 heures sur 24, nous explique Marybel Bergeron, directrice de l’organisme. Nous sommes là pour leur apprendre à faire la liste d’épicerie, l’achat des aliments, le budget, le ménage et tout ce que comporte la vie en appartement. Nous sommes un tremplin. Notre but est de voir nos locataires quitter Premier Envol pour vivre dans des appartements non supervisés. »

Dix ans à changer des vies

Premier Envol est né il y a dix ans grâce au dévouement d’une maman souhaitant aider sa fille en quête d’autonomie. Cette dernière avait vu sa sœur partir en appartement et espérait pouvoir suivre ses traces. Malheureusement, aucun endroit ne pouvait l’accueillir de manière transitoire pour lui apprendre progressivement à vivre seule. Sa mère a donc travaillé d’arrache-pied pendant six ans pour que Premier Envol puisse voir le jour.

Un hébergement transitoire

Premier Envol
Cléome est intervenante chez Premier Envol, un organisme à but non lucratif de Louiseville qui gère un milieu de vie entièrement réservé aux personnes atteintes d’une déficience intellectuelle légère à moyenne ou d’un trouble du spectre de l’autisme.
Crédits : David Denis Dufresne

La caractéristique de la transition distingue Premier Envol des autres milieux pouvant accueillir des personnes atteintes d’une déficience intellectuelle légère à moyenne ou d’un trouble du spectre de l’autisme. « On n’a aucun appartement qui est permanent. Si nos bénéficiaires décident que ce n’est plus leur projet de vie, qu’ils ne veulent plus vivre en appartement, on s’assoie avec eux et on regarde les options, parce qu’ils ne peuvent pas rester ici indéfiniment », indique madame Bergeron.

« Certains de nos locataires se sont rendu compte que ce n’était pas pour eux, la vie en appartement, et ont préféré retourner en famille d’accueil. Et c’est correct. Ils ont vécu l’expérience et ils repartent avec une meilleure autonomie », conclut-elle.

Un locataire marquant

Au cours des dix dernières années, Premier Envol a vu passer plusieurs locataires dont quelques-uns ont réussi leur transition vers des logements non supervisés. La directrice nous raconte un cas particulièrement marquant pour elle.

« Deux mois après mon arrivée ici, un locataire d’une cinquantaine d’années a été hébergé. Il n’était pas capable de cuisiner, de faire le ménage ni de gérer son argent. Il n’était jamais allé à la caisse ou à l’épicerie sans ses parents. Quand il a quitté, il savait faire un budget, son appartement était très propre et il était capable de cuisiner mieux que moi. Il allait à la caisse et faisait son épicerie tout seul. C’était vraiment un beau succès ! »

Et les dix prochaines années ?

Que pouvons-nous souhaiter à Premier Envol pour les dix prochaines années ? Certainement la concrétisation et la réussite de tous les projets de l’organisme, car sa directrice en chérit plusieurs.

« On aimerait ça agir à l’externe. Quand nos locataires vont vivre dans des appartements non supervisés, on aimerait pouvoir les suivre de manière plus intensive pendant quelques mois. On voudrait aussi mettre sur pied un autre Premier Envol et élargir notre mandat à d’autres clientèles, comme on l’a fait récemment pour les personnes affligées de troubles du spectre de l’autisme. Enfin, on aimerait ça accueillir des couples. »

En constatant toute l’énergie qu’insuffle Marybel Bergeron chez Premier Envol, on peut penser que ces projets ne devraient pas tarder beaucoup à voir le jour.

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