Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage, février 2017

Désabusement, désengagement, sentiment d’impuissance, voire même cynisme, sont souvent les mots qui reviennent dans la bouche des gens qui sentent que le contrôle du pouvoir leur échappe et qui semblent subir les décisions, particulièrement politiques, en ayant l’impression de ne rien pouvoir y faire.

Dans l’édition de novembre 2016, j’abordais les principes du travail en collégialité qui consiste en un partage de pouvoir où tout le monde concerné s’implique le plus égalitairement possible dans les prises de décisions d’une organisation. Cela reste néanmoins un concept difficile à mettre en place dans un contexte de hiérarchisation généralisé au sein des instances décisionnelles.


Le langage utilisé quand il est question d’exercice du pouvoir ancre fortement dans l’imaginaire la notion d’infériorité et le sentiment d’impuissance. N’entend-on pas souvent dire : « je n’y peux rien, les décisions se prennent plus haut », « en haut lieu », « on est en bas de l’échelle », « on travaille à la base », « le fonctionnement de type bottom-up ou top-down », etc.? Tout un vocabulaire solidement enraciné dans l’imaginaire collectif pour nous maintenir dans une impression que la possibilité de changer les choses nous est inaccessible à nous, « simples » citoyens et citoyennes.

Mais a-t-on réellement si peu de pouvoir sur les décisions collectives qui concernent notre bien commun? Notre régime politique, la démocratie, désigne pourtant un système de gouvernance dans lequel le pouvoir est exercé par le peuple. Ou, comme le dit la célèbre citation d’Abraham Lincoln, la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Il existe plusieurs manières de désigner des représentants qui prennent les décisions pour le plus grand nombre. Dans le nôtre, les élections sont sensées nous permettre de choisir un éventail de gens qui vont porter la parole de l’ensemble des citoyens et citoyennes dans toute leur diversité. Dans les faits, même si aucun système n’est parfait, on sait qu’actuellement le gouvernement qui prend les décisions pour tout le monde peut avoir été choisi par à peine un tiers des électeurs. Il y a de quoi être désabusé par un système qui donne trop souvent l’impression que notre opinion ne compte pas!

On entend fréquemment des remarques du type : « ça ne sert à rien, je n’ai pas de pouvoir », « qu’est-ce que je peux faire toute seule? », « on ne peut rien faire, les décisions se prennent en haut ». Pourtant les possibilités ne manquent pas : se regrouper dans des organismes existants qui représentent nos valeurs, s’engager dans des mouvements politiques qui nous ressemblent, exiger de nos élus qu’ils et elles représentent nos idées. Oui, exiger, car rappelons-le, les élus ne sont pas nos supérieurs, placés en « haut de l’échelle »; ils et elles sont les personnes que nous avons choisies pour nous représenter.

Et même s’il est parfois difficile d’être entendu, de plus en plus de citoyens et citoyennes reprennent leur pouvoir en main et se regroupent pour faire valoir leurs idées. Que ce soit les mouvements contre les hydrocarbures qui se mobilisent contre la construction du pipeline Énergie Est, le mouvement Faut qu’on se parle qui a mobilisé cet automne des milliers de gens désireux d’être entendus ou, plus localement, les Incroyables comestibles de Trois-Rivières de plus en plus implantés dans leur communauté, les initiatives se multiplient pour trouver le moyen de promouvoir ses idées pour le bien commun.

À l’image des agoras grecques où le peuple débattait et décidait, posant les bases de la démocratie, chacun, chacune peut prendre sa place pour faire valoir ses opinions. C’est même notre devoir de citoyen et citoyenne de s’impliquer dans la vie de notre société.

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