Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage – juin 2020 

Un millier de personnes de toutes origines et de tous âges étaient réunies le 6 juin dernier à Trois-Rivières pour dénoncer l’agression policière contre George Floyd. Un triste symbole de la gangrène du racisme qui sévit encore dans nos sociétés en 2020.C’est envahie par l’émotion et la fierté pour notre collectivité que j’ai marché aux côtés de tous ces humains noirs, autochtones, etc., solidaires pour dénoncer l’insupportable.

N’en déplaise à notre premier ministre, le racisme systémique existe aussi au Québec. Ce n’est pas en gardant la tête dans le sable qu’on enrayera ce problème. Il perdurera tant que la société tolérera des inégalités liées à notre groupe d’appartenance.

J’ai longtemps travaillé dans un organisme communautaire de quartier qui accueillait notamment des familles réfugiées d’origine africaine. À force d’écoute, de dialogue, de déconstruction de préjugés, je pensais naïvement avoir réussi à endiguer les comportements racistes auprès des jeunes que je côtoyais. Je suis pourtant tombée de haut lorsque, discutant un beau jour d’été avec quelques jeunes à la peau noire, ceux-ci m’ont reproché de ne pas voir tous les gestes racistes qu’ils et elles subissaient quand j’avais le dos tourné, au point d’avoir parfois des pensées suicidaires. Le sentiment d’impuissance, de tristesse et de colère que j’ai alors ressenti m’habite encore aujourd’hui. J’ai compris ce jour-là que dire qu’on n’est pas raciste ne suffisait pas si on tolère de vivre dans un système qui nous accorde des privilèges liés à la couleur de notre peau. Comment accepter que des enfants grandissent dans une société qui leur fait sentir, ne serait-ce que de manière insidieuse, que ce qu’ils sont est mal ?

On a certes fait du chemin et la discrimination est peut-être moins violente ici qu’aux États-Unis. Elle n’en demeure pas moins bien présente[1]. L’assassinat, il y a quelques jours, de Chantel Moore, une femme autochtone abattue par un agent de la force policière d’Edmundston, au Nouveau-Brunswick, prouve qu’il reste encore beaucoup à faire.

Plus de 1000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Trois-Rivières le samedi 6 juin pour manifester contre le racisme suite au meurtre de Georges Floyd. – Crédits photo: Elvire B. Toffa

Quand les personnes immigrantes et autochtones doivent redoubler d’efforts pour prouver qu’elles sont de bonnes citoyennes, ce n’est pas juste. Tout le monde n’a pas la popularité d’un Boucar Diouf ! Moi-même, originaire de France, je me suis déjà fait qualifier de « bonne recrue comme immigrante » par un élu très haut placé à Trois-Rivières parce que je suivais bien les codes et que je contribuais bien à la société. « Ça en prendrait plus des comme toi », ai-je entendu. Allez savoir pourquoi, l’être pacifique en moi a alors ressenti le désir d’aller casser une vitrine pour voir si on m’aimerait encore, comme les autres, les citoyens « de souche » !

Bien sûr, les solutions ne résident pas dans la violence. Pour commencer, il nous faut reconnaître qu’en tant que personne blanche, nous bénéficions de privilèges et qu’il n’est pas normal que d’autres doivent se battre pour y accéder. C’est comme si on faisait courir un groupe de gens sur une piste bien lisse et bien droite et un autre groupe sur une piste accidentée et remplie d’obstacles, et qu’on disait « Allez, vous êtes tous égaux,que le meilleur gagne ! ».

Comme je l’ai appris à mes dépens avec ces jeunes, les oppressions ne disparaissent pas parce qu’on ne les voit pas. Les groupes de lutte contre le racisme suggèrent plusieurs pistes d’action pour être des citoyen(ne)s allié(e)s de cette cause : être à l’écoute du vécu des gens concernés, ouvrir le dialogue, appuyer les luttes, utiliser nos privilèges pour inclure tout le monde, s’informer, revendiquer des mesures pour augmenter la représentativité des personnes racisées et autochtones dans les sphères médiatiques, de pouvoir et de décision, et, surtout, collaborer à déconstruire les préjugés et les mécanismes qui entretiennent ces inégalités.

Enfin, il est urgent de recentrer le rôle de la police vers une approche communautaire, sociale et exempte de profilage discriminatoire. Parce que chaque personne devrait pouvoir se sentir libre d’être qui elle est.

Consultez également notre article sur le racisme dans les médias.

Références internet :

https://www.lesoleil.com/chroniques/mylene-moisan/le-telephone-de-mamadou-sonne-moins-289a4a18da64764813071d0dc57a0ff4?fbclid=IwAR1Y04xLC7lkuHGEPAvosN0NTxsTbKjd9dhH6SPcEfS8OUohZxXFxlo0hmw

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1709421/mort-jeune-femme-chantel-moore-autochtone-intervention-edmundston-police-famille?fbclid=IwAR1hfsvJ-IIkiDK345EfjrOMKK36x2ZQCHX9FbcrMVu0fDCVO07h0N2QfZ4

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1334763/montreal-police-spvm-profilage-discrimination-rapport

[1]https://zonevideo.telequebec.tv/media/51526/le-racisme-systemique/briser-le-code

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