Real Boisvert Gazette de la MauricieRéal Boisvert – Opinion – Février 2021 

Contrairement à ce que prétend le gouvernement, le Québec ne dispose pas d’un régime public d’assurance médicaments digne de ce nom. Le Québec est d’ailleurs le seul État développé ayant un système public d’assurance maladie qui n’inclut pas les médicaments. Le régime québécois est plutôt un régime hybride comprenant deux composantes, l’une publique, l’autre privée.

Selon les travaux menés par l’Union des consommateurs (UDC)[1], la part publique du régime touche environ 3,5 millions de personnes soit environ 45 % de la population. Donc, 55 % des Québécois et Québécoises sont couverts par une forme ou l’autre des différents régimes privés d’assurance collective offerts par les employeurs et gérés par des compagnies d’assurance. Fait à noter, selon l’UDC toujours, la part publique du régime s’applique aux personnes sans emploi ou retraitées. Celles-ci sont en moins bonne santé et elles ont tendance à consommer plus de médicaments que les personnes qui ont un emploi. C’est dire que le volet privé du régime couvre les besoins de ceux et celles qui sont les moins à risque. Rien ici pour démentir encore une fois l’adage voulant que le public assume les pertes et le privé empoche les recettes.

En raison d’une couverture très différente offerte aux assurés suivant qu’ils adhèrent au régime public ou au régime privé, on constate une iniquité significative en ce qui concerne l’accès aux médicaments. En tenant compte du coût de l’assurance, du montant des franchises (65 % public, 80 % privé) et du type de médicaments couverts (génériques ou spécifiques), les Québécois et les Québécoises ont en moyenne à débourser plus de 1 000 $ par année pour se procurer des médicaments. Ce qui signifie qu’il n’est pas rare que plusieurs personnes coupent dans les dépenses pour acheter des médicaments ou, tout simplement, cessent de les prendre. Selon une étude de l’Institut canadien d’information sur la santé, rapportée par l’UDC, près de 10 % de la population n’a pas rempli au moins une ordonnance pour des raisons financières en 2016.

Il est bien connu que les dépenses reliées à l’achat des médicaments sont en hausse un peu partout dans le monde. Ce que l’on sait moins toutefois, c’est que le Québec se retrouve, après les États-Unis, au deuxième rang de l’ensemble des pays de l’OCDE pour les dépenses totales en médicaments. En proportion, il en coûte ici deux fois plus cher qu’au Portugal pour se procurer pilules, onguents ou autres remèdes.

Comparé au reste du Canada, le Québec dépense 35 % de plus pour ses médicaments que la Colombie-Britannique, ce qui équivaut à 350 $ par habitant. On estime qu’une économie de 1,5 milliards de dollars serait possible si le Québec payait le même prix que les autres provinces pour ses médicaments. Pour ce qui est du volet privé du régime, les honoraires des pharmaciens sur l’ensemble des factures recueillies représentent 69 % du montant total de la facture. Cette fois, une économie de 400 millions de dollars par année serait envisageable si les honoraires des pharmaciens du régime privé étaient ramenés à la hauteur de ceux du régime public. Au total, c’est près de 4 milliards de dollars par année qu’on économiserait avec un véritable régime public d’assurance médicaments. Quand on pense à tous les fonds de tiroir dont on aura besoin pour remettre les finances publiques en état après la pandémie, voilà une somme dont il serait fou de se passer.

Parmi les avantages liés à l’instauration d’un véritable régime public d’assurance médicaments au Québec, l’UDC retient notamment un meilleur pouvoir de négociation avec les compagnies pharmaceutiques, une plus grande mutualisation des risques, une réduction significative des coûts, donc une baisse des primes pour les utilisateurs, et un renflouement salutaire du système de santé qui, soit dit en passant, en a bien besoin.

Tout compte fait, un régime d’assurance médicaments publics 100 % public c’est urgent, nous dit l’UDC. Bien vu.

[1] Ce texte est un résumé préparé à partir d’un présentiel d’Élisabeth Gibeau, Union des consommateurs, janvier 2021.

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