Real Boisvert Gazette de la MauriciePar Réal Boisvert, juin 2018

À l’instar du Sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap qui a changé le nom de sa traditionnelle neuvaine pour en faire le Festival de l’Assomption pour ensuite inviter les internautes à faire la chasse aux Pokémon dans ses jardins, le Musée québécois de culture populaire se dote à son tour d’une stratégie accrocheuse pour attirer les visiteurs. Il se nommera désormais Musée POP. POP de quoi ? Du popsicle ? se demandait notamment Martin Francoeur dans Le Nouvelliste.

Le plus ironique dans cette histoire c’est que si on avait consulté la population, jamais il ne serait venu à l’esprit du commun des mortels l’idée de désigner un musée par une dénomination aussi incongrue. Car dans l’imaginaire collectif, un musée renvoie à une réalité qui ne s’apparente en rien à ce qu’on retrouve dans un centre commercial. Donc on ne comprendrait pas qu’il se donne des airs populaciers. Bref, pour monsieur et madame tout le monde, un musée est dédié à l’art et si c’est à la culture populaire qu’il est dédié, cela devrait en toute logique consister à la montrer sous l’angle de ce qu’il y a en elle d’inédit, d’édifiant et d’inattendu, donc à tirer vers le haut ce que la vie de tous les jours nous fait voir comme étant banal.

Voilà une opération qui n’a rien à voir avec un changement de nom. Il s’agit bien au contraire d’avancer une proposition réfléchie, précédée d’une analyse rigoureuse et animée par un esprit inventif et audacieux. Le tout emballé dans une présentation certes accessible, mais tout autant enrichie par un vocabulaire qui porte le supplément d’âme d’un produit culturel de marque. Les grandes expositions consacrées récemment au Québec aux impressionnistes, à Riopelle, à Joan Mitchell, à Chagall ou à Giacometti se sont inscrites dans cette voie et leur succès parle de lui‑même.

Il est vrai qu’une expérience muséale, fut-elle liée à la culture populaire, en faisant appel à certains codes et en utilisant un langage particulier, demande un certain effort de la part de qui ne fréquente pas ou rarement les musées. Mais c’est une disposition qui s’acquiert. Pour peu qu’on use de constance et de patience. Pour peu surtout que l’on mise sur l’intelligence citoyenne plutôt que sur un réflexe publicitaire. D’où l’importance d’accompagner chaque proposition muséale d’une pédagogie de circonstance, en préparant le matériel promotionnel nécessaire de même qu’en faisant appel à des porte-paroles inspirés et passionnés. Le personnel du Musée québécois de culture populaire a toute la compétence pour répondre à ces exigences pour peu qu’on lui en donne les moyens, bien sûr !

Ceci étant, est-il possible que les responsables concernés puissent revenir en arrière concernant le nom du musée ? Il est bien difficile en effet de remettre la pâte dentifrice dans le tube une fois qu’elle en est sortie, dit-on. Mais ne désespérons de rien. Le débat qui a entouré cette affaire -et auquel la Gazette de la Mauricie contribue ici- a le mérite de faire voir à quel point nous tenons à ce musée tout en espérant pour lui les plus grands succès possibles. Nous sommes persuadés que cela se traduira dans les lettres d’appel du musée… ce musée dont la mission ne saurait être mieux définie qu’en le présentant comme étant le Musée québécois de culture populaire !

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