Louis-Serge GillPar Louis-Serge Gill, novembre 2018

 En 1995, Équiterre proposait à une poignée d’agriculteurs de se regrouper afin d’offrir une alternative alimentaire aux familles des différentes régions du Québec : un panier de fruits et de légumes 100 % biologiques et locaux.

 

Le financement d’une telle entreprise repose sur un pari : les consommateurs acceptent de payer à l’avance avant même la période de semaison, une partie des fruits et légumes qu’ils recevront au moment des récoltes. Cela permet aux fermiers de famille de diminuer les risques et de s’assurer d’un certain niveau de ventes, en plus de permettre une planification de production optimale. Néanmoins, il faut souligner qu’en cas de saison difficile, le fermier est tenu de remplir ses obligations et de fournir les clients qui ont adhéré au concept en début de saison en trouvant différentes solutions d’approvisionnement ou de production alternatives. Toutefois, comme en témoigne l’histoire des Jardins Bio Campanipol, la richesse de ces entreprises ne reposent pas seulement sur des décisions économiques.

 

Être fermier de famille : un long parcours

Cette année marque la 27e saison de paniers d’été livrés par la ferme Campanipol de Sainte-Geneviève-de-Batiscan. En 1992, avant même que le regroupement des fermiers de famille d’Équiterre se profile à l’horizon, Robert St-Arnaud et Danielle Lefebvre décident de mettre en marché des paniers de fruits et légumes biologiques. À cette époque, nous rappelle Florence Lefebvre-St-Arnaud, qui est aujourd’hui actionnaire à parts égales avec ses parents et ses deux frères, « convaincre le consommateur que, moyennant 300 $, il recevrait ses produits trois mois plus tard n’était pas une mince tâche ».

Plus que les motivations économiques, ce sont des valeurs personnelles qui ont imposé le choix de ce modèle de production et de distribution pour cette ferme. En somme, faire connaître et rendre accessibles des produits frais et biologiques guident encore les plans de développement de l’entreprise. On mise notamment sur l’implication des clients dans le processus de production : même si les principaux artisans des Jardins Bio Campanipol ne se rendent pas directement aux divers points de livraison, Florence Lefebvre-St-Arnaud affirme que le contact se maintient par des échanges fréquents et continus, tout au long de la saison, afin que les abonnés puissent suivre l’évolution de ce qui, ultimement, n’est ni plus ni moins que leur part des récoltes. Par exemple, chaque semaine, le blogue de l’entreprise suggère de nouvelles manières de cuisiner les aliments offerts et fait le point sur l’état des travaux à la ferme.

L’objectif principal est que les partenaires « se sentent comme chez eux », insiste Florence Lefebvre-St-Arnaud. Avec les quelques centaines de paniers livrés hebdomadairement durant les 20 semaines de la saison estivale, la vitalité de l’entreprise repose sur sa capacité à diversifier ses activités et sur sa capacité d’innovation : kiosque à la ferme ouvert jusqu’au 15 décembre et projet-pilote de paniers d’hiver avec une trentaine d’abonnés sont des avenues de développement envisagées par l’équipe des Jardins Bio Campanipol.

En ce mois de l’économie sociale, le modèle de ces fermiers de famille est d’autant plus intéressant qu’il sollicite des partenariats avec d’autres entreprises régionales : les Jardins Barry de Sainte-Anne-de-la-Pérade, la ferme La berceuse de Wickham, la bleuetière Champs de Rêve de Sainte-Geneviève-de-Batiscan, la ferme-école du Cégep de Victoriaville, la ferme La Chouette Lapone de Saint-Séverin-de-Proulxville, pour ne nommer que celles-là. Si on ne peut que souhaiter la pérennité de cette entreprise, qui allie à la fois saine alimentation, valeurs pédagogiques et choix environnementaux conséquents, il est bon d’espérer une accessibilité accrue pour les consommateurs qui soit supportée par les différents paliers de gouvernements.

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