Daniel Landry, Comité de Solidarité Trois-Rivières, mai 2018

 La Colombie est en année électorale. En mars avaient lieu les élections législatives au cours desquelles le Sénat et la Chambre des représentants ont été réélus. La droite s’est retrouvée majoritaire et les résultats des élections présidentielles de mai pourraient maintenant s’avérer déterminants pour la survie du processus de paix avec les FARC.

Le gouvernement colombien et les FARC se sont rencontrés à plusieurs reprises pour mettre en place un véritable processus de paix (ici à La Havane, Cuba). Mais les décennies d’affrontement, laissant derrière elles de nombreux traumatismes, seront longues à surmonter. Crédits : Wikimédias Commons

Rappelons que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) sont un groupe de guérilleros très connu pour ses actions belliqueuses depuis plusieurs décennies. Originalement à la défense du peuple et influencées par la mouvance marxiste-léniniste, les FARC sont rapidement devenues une organisation puissante faisant régner la terreur dans une part importante de la jungle colombienne. Il n’y a qu’à penser aux enlèvements d’hommes et femmes politiques (Jara, Turbay, Betancourt).

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, plusieurs groupes s’affrontent dans le pays et créent un climat de guerre civile : armée colombienne, FARC, Armée de libération nationale (ELN), paramilitaires. La situation est alors intenable, comme en font foi les milliers d’homicides et les dizaines de milliers de personnes déplacées dans le pays. C’est la prise de pouvoir d’Álvaro Uribe (2002-2010) qui représente un point tournant dans la lutte aux FARC. Utilisant la manière forte, cet ancien président (dont le père soupçonné d’être proche de cartels de la drogue avait lui-même été assassiné par les FARC en 1983) s’était donné pour mission de réduire à néant l’organisation terroriste. Sur le plan de la sécurité intérieure, on retient de sa présidence l’amnistie de plusieurs criminels paramilitaires, la lutte acharnée aux FARC et la libération médiatisée d’Ingrid Betancourt.

Ce n’est cependant qu’entre 2012 et 2016 qu’un véritable processus de paix se met en place entre les FARC et le gouvernement de Juan Manuel Santos. Il se déroule essentiellement à Oslo et à La Havane et débouche sur un accord incluant notamment : une réforme rurale, un cessez-le-feu, un désarmement des FARC. L’accord est paraphé en septembre 2016, mais est ensuite refusé par la population un mois plus tard lors d’un référendum serré. Cet échec est lié à l’amnistie accordée aux membres des FARC qui choque l’opposition et une part importante des Colombiens. Malgré tout, une nouvelle version de l’accord est signée en décembre 2016 et le désarmement s’amorce alors. Dans un but de légitimer leurs actions, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) se transforment en parti politique en 2017 et deviennent la Force alternative révolutionnaire commune (FARC). Cependant, de nombreuses organisations politiques conservatrices souhaitent l’annulation du processus de paix après les élections de mai.

Quoi qu’il advienne de la pacification avec les FARC, la paix en Colombie demeure fragile. Les blessures et traumatismes causés par des décennies d’affrontements ne sont pas encore totalement guéris. Le marché illégal de la drogue demeure encore florissant et favorise ainsi la poursuite de pratiques politiques douteuses. D’ailleurs, selon un sondage de la firme Invamer (mai 2017), les attentes de la population colombienne à l’endroit du prochain gouvernement concernent des enjeux socioéconomiques (lutte au chômage, qualité des soins, accès à l’éducation), mais aussi la lutte à la corruption. Le processus de paix paraît plutôt secondaire. Dans un tel contexte, les Colombiens risquent d’être davantage sensibles à un discours populiste et pragmatique, qu’il soit de gauche ou de droite. La paix demeure fragile.

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