Alice Grinand, avril 2018

Prendre la route pour ailleurs, en rêvant de meilleurs lendemains, c’est en général ce qui pousse les personnes à émigrer. Les parcours de vie des migrant-e-s sont toutefois très hétérogènes. Au Québec, ce sont chaque année quelque 50 000 personnes que nous accueillons ainsi. En 2016, sur 10 nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes, 4 personnes provenaient d’Asie, près de 3 étaient Africaines, tandis que les 3 autres étaient soit Européennes, soit des Amériques.

De ce nombre, 17,5% ont le statut de réfugié, tandis que plus de la moitié s’inscrivent dans la catégorie de migration économique : la plupart des nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes viennent ici en raison des perspectives d’emploi qui leur sont offertes. Si c’est la migration économique qui est majoritaire au Québec, cela n’est pas le résultat du hasard : l’immigration y est choisie et résulte de décisions politiques visant notamment à combler le déficit démographique lié à un taux de natalité en berne et ainsi palier au déficit de main-d’œuvre.

Pourtant, les obstacles à l’insertion professionnelle de ces nouveaux venus sont nombreux. Ainsi, après avoir quitté leur pays parfois contre vents et marées, ils et elles se retrouvent à devoir affronter des difficultés pas toujours envisagées lors du départ. (voir article plus bas et à la page 11)

Premier élément d’intégration, et pas des moindres, la francisation. Sur l’ensemble des personnes arrivées au Québec en 2016, presque la moitié déclarait connaître le français. Pour l’autre moitié, ils et elles doivent se retrousser les manches pour apprendre la langue de Molière. Mais comment se consacrer pleinement à cet apprentissage exigeant alors que la tête est déjà embuée des 1000 choses à penser : les proches qui sont désormais loin (et parfois dans des contextes difficiles, comme la guerre), les méandres administratifs, les difficultés financières, etc. ? (voir articles en pages 12)

Une fois la langue française apprivoisée, d’autres écueils se font jour pour intégrer pleinement le marché du travail. Pour preuve, le chômage touche davantage les immigré-e-s et près de la moitié d’entre eux se trouvent en situation de surqualification. La reconnaissance des acquis pour faire valoir sur le marché québécois ses compétences, parfois acquises grâce à des diplômes prestigieux et une expérience professionnelle exceptionnelle, n’est pas mince affaire. (voir article en page 11)

Bien que la liberté de circulation soit consacrée par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la façon dont elle s’exerce est symptomatique des inégalités sociales, voire les amplifie. Car entre le jeune citadin européen pour qui voyager d’un continent à l’autre est devenu banal, voire source d’épanouissement sinon marque de conformisme social, et la famille qui fuit, pour une question de survie, un pays dévasté par la guerre, et qui ne sait pas si elle reverra un jour sa maison, cette mobilité ne prend pas le même sens. Car la migration peut être plus ou moins volontaire, plus ou moins subie. Si le statut de réfugié ne laisse que peu de doute sur l’impératif du départ, qu’en est-il de la migration économique ?

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