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Réal Boisvert, mai 2019

Dans les jours qui ont suivi l’incendie de Notre-Dame, les réseaux sociaux n’ont pas dérougi. Nombreux sont ceux qui se sont indignés du fait qu’on ait ramassé en quelques jours plus d’un milliard d’euros pour restaurer la Cathédrale alors qu’il y a des millions d’enfants dans le monde qui meurent de faim. Cela sans compter l’urgence de dépolluer les océans ou de reboiser les forêts. Sans oublier aussi la nécessité de lutter contre la production exponentielle de CO2. Bien sûr, la misère humaine est abyssale et l’avenir de la planète est incertain.

Malgré tout, il est bon de se rappeler les mots de Winston Churchill en réponse à ceux qui l’incitaient à couper dans le budget des arts pour soutenir l’effort de guerre : « Et alors pourquoi nous battons-nous si nous ne nous battons pas pour la culture ? ». Dans cet esprit, la reconstruction de Notre-Dame, inspirée par la grâce de lui restituer le rayonnement qu’elle avait, contribuera à nous donner ce supplément d’âme si nécessaire dont nous avons besoin pour sauver la terre et vaincre la pauvreté. Car les causes environnementales et la justice sociale ne peuvent être menées à bien sans un profond sentiment d’humanité et une réelle ferveur dans ce que nous pouvons souhaiter de mieux pour nous et pour les générations à venir.

« Et alors pourquoi nous battons-nous si nous ne nous battons pas pour la culture ? » – Winston Churchill

Le poète Jean-François Poupart dit cela de façon admirable quand il suggère d’habiter le monde poétiquement, en intégrant la culture au centre de nos pensées, adoptant ainsi une façon de laisser grandir en nous le sens de la fraternité et l’intelligence de l’esprit. Et le poète d’insister : « les grands désastres qui nous guettent sont avant tout l’œuvre de ceux qui habitent économiquement le monde. »

La tragédie de Notre-Dame est une blessure infligée à l’humanité entière. Cette flamme qui a jailli de ses entrailles et qui est montée jusqu’au ciel avec une fureur stupéfiante, rappelait François Sheng, a fait couler des larmes qui nous ont réunis dans une communion universelle.

Les ressources consenties à la reconstruction de Notre-Dame ne sont donc pas détournées des priorités que sont l’environnement et la lutte contre la pauvreté. Au contraire, elles nous montrent à quel point nous pouvons édifier le monde autrement.

Cela en commençant par créer un moratoire sur la construction d’un gazoduc de 750 kilomètres entre le nord-est de l’Ontario et le port de Grande-Anse, à Saguenay; en mettant au rancart  la production d’urée et de méthane avec ses  630 000 tonnes de gaz à effet de serre par année à Bécancour; en laissant de côté une fois pour toute cette mauvaise idée de créer un troisième lien entre Québec et Lévis; en rejetant pour de bon des projets insensés comme le Royal Mount ou Le Phare dont les seules vertus consistent à défigurer à jamais des quartiers entiers de Montréal et de Québec. La beauté de la chose c’est que le renoncement à tout cela ne nous coûtera que deux fois rien. Une première fois pour les coûts de mises en chantier, une deuxième pour ceux engendrés par la réparation des dégâts causés à l’environnement. Autant d’argent d’épargné pour que nous puissions nous attaquer résolument à la pauvreté.

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