Stéphanie Dufresne – Dossier COVID-19 : solidarité régionale – Avril 2020

D’un côté il y a ceux qui croient qu’une nouvelle prise de conscience collective durant la pandémie laissera place à des politiques différentes qui permettront d’éviter la catastrophe climatique à venir. De l’autre, il y a ceux qui sont d’avis que l’économie capitaliste deviendra plus impitoyable que jamais, pressée par une élite désireuse de bénéficier directement et à large échelle de la crise. Personne n’est devin, mais une chose est certaine : il y aura un « avant » et un « après » coronavirus.  

Une différence à court terme

Alors que les gouvernements ont suspendu la majorité des activités économiques du jour au lendemain, que les avions sont cloués au sol et que les rues sont vides et les usines fermées, la pollution décroît et la nature se régénère. En quelques jours, la COVID-19 a eu plus d’effet sur la réduction des gaz à effet de serre que toutes les manifestations mondiales pour le climat. Contre toute attente, il semble que le Québec soit sur la voie de rencontrer ses objectifs annuels de réduction des émissions de GES, pour une fois.

Parallèlement, l’heure est à la prise de conscience. Chacun chez soi, seuls face à nous-mêmes, nous sommes confrontés à l’absurdité de nos existences dans lesquelles nous sommes beaucoup trop souvent réduits au rôle de « consommateur ». Nous réalisons que nous travaillons trop, que nous achetons trop, que nous avons trop de dettes; qu’une société qui roule à fond de train dans la surconsommation va nous tuer; qu’il nous faut retrouver du sens et de la cohérence, ralentir le rythme et revenir à l’essentiel.

À elle seule, l’industrie du transport représente 43 % des émissions de gaz à effets de serre du Québec – Données 2017 – Source: http://www.environnement.gouv.qc.ca/changements/ges/

Le vrai coupable

Le coronavirus est le produit de notre société. La COVID-19 est apparue de manière similaire au VIH, à l’Ebola et au SRAS, par la mutation vers l’humain d’un virus présent chez un animal. La déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation détruisent les habitats naturels et augmentent la probabilité de contacts proches et répétés d’espèces sauvages avec l’humain. Il en va de même avec l’élevage intensif industriel du bétail qui offre aux virus l’opportunité de franchir plus aisément qu’auparavant ce que l’on appelle « la barrière d’espèce » et d’entraîner des conséquences meurtrières pour l’humain.

Il ne faut donc pas en vouloir aux pangolins, car ce sont les effets de la recherche de croissance économique sans fin qui nous fragilisent face aux virus. Ne pas assumer ce fait nous condamne à une succession de pandémies.

N’oublions pas que c’est cette même quête du « toujours plus » avec ses effets destructeurs sur l’environnement qui est aussi à l’origine du dérèglement du climat. Comme le déclarait Greta Thunberg sur les médias sociaux dernièrement: « Il est beaucoup question de retour à la normale après la crise de la COVID-19 mais à la normale, nous vivions déjà une crise ». Le coronavirus est temporaire mais les changements climatiques nous affecteront de façon permanente.

Créer une nouvelle normalité

Évidemment, le capitalisme n’a pas dit son dernier mot et il voudra se rebâtir sur le champ de ruines. Il bénéficiera d’un appui des plans de relance économique des gouvernements, incapables de reconnaître que les crises, qu’elles soient virologiques ou climatiques sont induites par la quête de la croissance infinie. « Ça va bien aller »? Rien n’est moins sûr. L’effet rebond, soit une reprise vigoureuse et accélérée de la consommation et de la destruction qu’elle entraîne, nous guette.

Il pourrait en être autrement si nous avions le courage de changer de schème de pensée. L’effondrement économique causé par la crise sanitaire ouvre un champ des possibles. Dans un entretien récent sur Radio-Canada, le célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik constatait que la crise actuelle de la COVID-19 était en train d’engendrer une révolution dans la hiérarchie des valeurs, qui place désormais, pour la première fois de l’ère moderne, la vie humaine avant l’économie.

Les gouvernements auront-t-ils enfin le courage d’arrêter les énergies fossiles? Feront-ils du revenu minimum garanti une nouvelle norme? Voudront-ils réorganiser le marché du travail dans le sens de l’intérêt collectif? Oseront-ils imaginer un autre modèle social que celui de la croissance? Et nous, citoyens, allons-nous nous questionner sur l’utilité de nos voyages en avion? Découvrirons-nous une nouvelle manière de nous alimenter sainement et localement? Choisirons-nous de nous prendre en charge par la création de ressources gérées collectivement? Aurons-nous la force de réinventer notre mode de vie?

Les crises nourrissent souvent l’espérance d’un grand changement. Le plus grand danger qui nous guette est notre incapacité à entrevoir de nouveaux possibles. La normalité est détraquée, le virus nous donne l’occasion de la repenser. C’est peut-être la dernière chance pour l’humanité de trouver la voie pour se survivre à elle-même.


Sources & lectures

Le monde diplomatique (mars 2020). Contre les pandémies, l’écologie. (En ligne) https://www.monde-diplomatique.fr/2020/03/SHAH/61547

Le Devoir (6 avril 2020) Grâce à la crise, le Québec respire mieux (En ligne) https://www.ledevoir.com/societe/transports-urbanisme/576492/grace-a-la-crise-la-planete-respire-mieux

Radio-Canada. ICI Première. (1er avril 2020). La leçon de résilience de Boris Cyrulnik. (En ligne) https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/penelope/segments/entrevue/162278/boris-cyrulnik-resilience-coronavirus-covid-19

Radio-Canada. ICI Première. (1er avril 2020). Coronavirus : une bonne nouvelle pour l’environnement? (En ligne)  https://ici.radio-canada.ca/premiere/balados/6108/ca-sexplique-balado-info-alexis-de-lancer/episodes/459503/pollution-pandemie-chine-gaz-effet-serre

 

1 COMMENTAIRE

  1. On a tendance à oublier le lien entre à la perte de la biodiversité et les maladies infectieuses. Selon la Dr Maria Neira, Directeur du Département Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé de l’OMS « Nombre des défis auxquels nous sommes confrontés actuellement en matière de santé publique, notamment les maladies infectieuses, la malnutrition et les maladies non transmissibles, sont liés au déclin de la biodiversité et des écosystèmes »
    https://www.who.int/mediacentre/commentaries/healthy-planet/fr/
    Aussi Boucar Diouf nous expliquait dans son entrevue à Radio-Canada que « les virus sont des agents d’équilibre de la biodiversité. Ce sont des agents d’équilibre dans la boucle microbienne ». C’est à dire que les virus s’attaquent au plus fort pour rééquilibrer la biodiversité (humaine compris) que nous humains cherchons à contrôler et à soumettre, et ce, à tous les niveaux du règne animal, insectes compris.

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