Zoé-Florence Julien – citoyenne de Trois-Rivières – mars 2020

Subir des regards de dédain, se dégoûter soi-même. Cacher son aisselle quand on lève la main en classe. Gaspiller de l’argent, du plastique et de l’eau pour se raser. Payer cher et avoir mal pour s’épiler. Choisir son linge en fonction de la longueur de ses poils. Aimer l’hiver pour « pouvoir » se laisser pousser les poils de jambes. Se demander entre filles : « ton chum ça lui dérange pas? »

On entend souvent dire, par des hommes comme par des femmes, qu’il n’y a pas d’inégalités entre ces deux genres au Québec. En matière d’injustice, il est pourtant facile de nommer l’iniquité salariale ou la non-rémunération des stages dans les domaines jugés « féminins » par la société. On peut aussi constater sans difficulté les codes vestimentaires sexistes dans les écoles secondaires, des images incomplètes de la vulve dans les manuels scolaires, l’absence de digue dentaire dans les pharmacies parce que le plaisir féminin est toujours moins important que le plaisir masculin, etc.

Et qu’en est-il des poils ? Des poils qui ornent les corps de toutes les personnes à la puberté de façon plus ou moins marquante, et que la moitié de la population se doit d’enlever, dès son apparition, parce qu’« une fille ne doit pas avoir de poils ». Ah non ? Et pourquoi ? Pour que les compagnies de rasoirs soient plus riches ? Parce que les femmes se doivent d’être douces et lisses ? Parce que les femmes doivent être jolies et attirantes, mais qu’aucune fille jugée belle dans les médias ou dans les vitrines n’a de poils ? Ou encore parce que les enfants n’ont généralement pas de poils et que comme les femmes doivent rester mineures politiquement on leur arrache ? De même que lorsqu’on les oblige à cacher leur mamelons avec des brassières ?

Pour certaines, se raser ou s’épiler n’est pas handicapant, mais est-ce vraiment ce qu’on veut ? Entrer dans le moule du système qu’on ne choisit pas sans se poser de questions ? Se trouver laide ou sale dans le miroir quand notre poil repousse, mais trouver des gars poilus donc bien attirants ? Être gênée de se mettre des camisoles ou des shorts quand il fait chaud et qu’on n’a pas le temps de se raser ? Être critiquée de sa moustache dans une campagne électorale ou un discours politique sur l’environnement ? Ne pas être engagée où on veut parce que nos aisselles ne correspondent pas aux standards de beauté ?

Je ne crois pas qu’il soit juste de laisser l’apparence de nos corps entre les mains du gouvernement, des multinationales ou du système patriarcal. Je crois qu’il est nécessaire de prendre un moment pour remettre en question le dégoût, la honte et la peur des poils sur les corps des femmes. Je crois que même si c’est plus facile d’acheter la paix en continuant de laisser les autres faire nos choix à notre place, c’est notre responsabilité individuelle et collective de déconstruire ces normes discriminatoires, en acceptant les poils au même titre que nous acceptons l’épilation.

 

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