Diane Lemay, mars 2016

Malgré les avancées du féminisme, la mère reste responsable du bonheur des siens. Elle est soit une « bonne » ou une « mauvaise » mère. Voici une entrevue avec Mme Denise Tremblay, directrice générale depuis 30 ans de la maison d’aide et d’hébergement La Séjournelle de Shawinigan. Chaque année, cette maison accueille près de 200 femmes et 60 enfants victimes de violence conjugale.

PERSISTANCE DU BLÂME

Denise Tremblay, directrice générale de La Séjournelle (Crédits photo: Dominic Bérubé)
Denise Tremblay, directrice générale de La Séjournelle (Crédits photo: Dominic Bérubé)

Pour Mme Tremblay, dans un contexte de violence conjugale, la persistance du blâme est mise en évidence. « La première à se blâmer est la mère elle-même. Elle ne se considère pas comme adéquate puisqu’elle ne réussit pas à offrir une vie familiale heureuse. Ce qui l’amène à développer un profond sentiment d’échec ».

De plus, le conjoint la critique quant à sa capacité parentale. L’entourage la réprimande parce qu’elle expose ses enfants à la violence. « Tu devrais le quitter. Tu ne peux pas rester, c’est malsain pour les enfants. On lui reproche de ne rien faire, de leur faire vivre ça, de ne pas porter plainte. Elle devrait dénoncer. Si elle part, on la blâme d’avoir fait éclater la famille et les enfants lui reprochent d’avoir tout brisé. Si son conjoint est suicidaire, on lui demande de comprendre, il est souffrant. S’il se suicide, on lui reproche d’être partie. Si les enfants ne vont pas bien, c’est qu’elle les a privés de leur père. Si elle parle en mal de son conjoint, elle fait de l’aliénation parentale ».

Les Services de protection de l’enfance ont le pouvoir de retirer les enfants de leur famille, de les placer dans un milieu substitut. La pression d’être « une bonne mère » s’accroit. Il y a cette propension de nos services à regarder « le déficit » de la mère et d’ignorer les comportements violents du conjoint. Il arrive  qu’ils enlèvent la garde à la mère et la transfèrent au conjoint violent. Comme elle est fatiguée et épuisée, ils la jugent inapte à s’occuper de ses enfants et à les protéger. Si elle proteste contre le système, elle risque d’être perçue comme hostile ou déraisonnable.*

« Nous demandons beaucoup à ces femmes. Elles doivent voir à l’équilibre familial. Elles doivent savoir quoi faire en toutes circonstances, elles se doivent d’être des mères épanouies, de jouer par terre avec les enfants et de voir aux 6 fruits et légumes par jour. »

FILET DE SÉCURITÉ

« Une maison d’hébergement, c’est un filet de sécurité où la mère peut se donner les moyens de prendre du recul, de se reposer, de se sentir en sécurité avec ses enfants ».

Mme Tremblay ajoute que « tu ne peux pas travailler avec des femmes et leur demander des choses que tu ne serais pas capable de faire.  C’est facile de leur dire qu’il faut qu’elles quittent leur conjoint. Est-ce que moi, je le ferais ?

À la maison d’hébergement, « Nous croyons que les femmes sont libres et qu’elles peuvent se tromper et se reprendre en main. »

SOURCE :

*LAPIERRE, Simon, La persistance du blâme envers les mères chez les femmes victimes de violence conjugale, Violences faites aux femmes : réponses sociales plurielles, Arcand, S., D. Damant, S. Gravel et E. Harper (sous la dir.), Québec, Les Presses de l’Université du Québec, 2008, 209-225

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