Carol-Ann Rouillard – janvier 2020

Depuis plus d’une dizaine d’années, les médias connaissent des transformations importantes. Alors que les pertes de revenus et les coupes de personnel et de ressources dans les salles de nouvelles s’accumulent, plusieurs changements structurels s’opèrent. Ceux-ci sont si nombreux qu’il est parfois difficile de s’y retrouver.

Les difficultés financières du Groupe Capitale Médias qui ont mené à la transformation du journal Le Nouvelliste en coopérative ou la constitution en organisme à but non lucratif (OBNL) du journal La Presse en sont des exemples concrets. Les radios et les télévisions n’y échappent pas non plus : multiplication des chaines spécialisées, adaptation et création de contenu pour les médias socionumériques par le biais de courtes chaines d’information pour rejoindre les publics plus jeunes.

La conversion des journaux de Groupe Capitale Médias en coopératives est la plus récente manifestation de l’évolution de nos médias. Elle marque possiblement un tournant dans la manière qu’un média entre en relation avec sa communauté.

En constante évolution

L’histoire des communications nous rappelle que les médias se transforment avec le temps. La volonté de faire des profits a évidemment conduit à des réaménagements, mais les innovations technologiques ont elles aussi leur rôle à jouer dans ces changements. Au siècle dernier, l’arrivée de la radio et de la télévision a multiplié les sources potentielles d’information en dehors des journaux, forçant ces derniers à revoir leur positionnement.

Au cœur des changements se trouvent aussi la population et les usages qu’elle fait des médias et des technologies qui les véhiculent. Le temps dont les gens disposent pour consommer de l’information, les plateformes dont ils et elles disposent, celles qu’elles préfèrent et qui correspondent à leurs besoins, les raisons pour lesquelles ils et elles consomment les médias sont tous des facteurs qui influencent la façon dont nous entrons en contact avec les médias. Ou pourquoi nous ne le faisons pas…

Une question sociale

Alors que les médias sociaux sont pointés du doigt comme la principale cause des problèmes financiers que vivent les médias, la « crise » actuelle des médias ne peut être comprise sans s’intéresser à la population susceptible ou non de consommer de l’information. Si les médias sociaux influencent autant la façon dont les gens s’informent, c’est qu’ils s’inscrivent dans un contexte social favorable à ce genre de pratiques. Le 21e siècle voit poindre son lot de transformations sociétales, dont Mark Zuckerberg ne saurait être le seul responsable.

Les derniers mois ont été le théâtre d’un bel élan de solidarité à l’égard du Nouvelliste, qui démontre l’importance que les gens accordent à leurs médias régionaux. Si les gens reconnaissent l’apport essentiel d’une information diversifiée et de qualité, il est parfois difficile de manifester pleinement cet état d’esprit à travers les obligations du quotidien. Il sera donc intéressant de voir comment cette solidarité se manifestera dans les prochains mois et dans les prochaines années. Pour que cette sympathie perdure et qu’elle conduise à des changements concrets dans les habitudes, les médias doivent trouver une façon de s’inscrire dans le mode de vie des gens.

La transformation du Nouvelliste en coopérative forcera peut-être des questionnements plus larges sur les liens entre un média et sa communauté. Peut-être aussi que ce nouveau modèle démontrera l’importance d’avoir des gens sur le terrain, près de la communauté, pour comprendre réellement les gens à qui les médias s’adressent et leur proposer des choses qui leur conviennent.

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