Alex Dorval, mars 2021

Le récent rapport de L’Observatoire québécois des inégalités faisait état de l’ampleur des effets de la pandémie et de sa gestion sur la condition de vie des femmes au Québec, tant sur le plan de la santé globale, de la conciliation famille-travail, des violences subies et de l’insécurité alimentaire. Pour prendre le pouls de la situation en région, nous nous sommes entretenus avec Joanne Blais à la direction de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) dont les membres assurent la défense des intérêts des femmes mauriciennes.

« La plupart de nos membres nous ont indiqué faire face à une hausse de demande de services s’accompagnant toutefois d’une difficulté de rendre ces services vu les mesures sanitaires imposées. » – Joanne Blais, Directrice à la TCMFM

Si plusieurs organismes craignaient une rupture de service au début de la pandémie, la plupart ont toutefois rapidement repris leurs activités en respectant les mesures et en développant des services numériques. Si, selon Mme Blais, la fracture numérique demeure un enjeu, elle spécifie que certains organismes se sont toutefois dotés de tablettes et autres outils informatiques pour mieux rejoindre les femmes à qui ils viennent en aide.

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L’AFEAS Mauricie et la TCMFM ont tenu le 19 février dernier une action de mobilisation visant à donner la parole aux mères monoparentales de la région aux prises avec une difficile conciliation travail-famille et un problème criant de manque de places en garderie. Crédits: Dominic Bérubé

Les maisons d’hébergement

« On sait qu’il y a une hausse de la demande, mais en même temps on sait que les mesures exigées – comme les 14 jours de confinement –  compliquent le travail et diminuent la capacité d’accueil. Ça peut aussi être une barrière psychologique pour certaines femmes qui seraient moins tentées de s’y rendre. », nous explique Mme Blais.

Elle nous confirme également que l’aide gouvernementale serait en route pour financer la mise sur pied de maisons d’hébergement de 2e étape dans la région. Ce type de maisons vise à héberger des femmes sur des périodes plus longues afin d’éviter qu’elles aient à retourner auprès d’un conjoint violent après seulement quelques jours.

« Le financement des maisons d’hébergement de 2e étape s’en vient, ce qui est une bonne nouvelle. Mais il y a encore des enjeux, notamment auprès des femmes en situation d’itinérance et les travailleuses du sexe. Comme les centres d’hébergement pour les personnes en situation d’itinérance sont mixtes, il y a plusieurs femmes qui ne s’y rendent pas, pour plusieurs raisons qu’on peut bien s’imaginer », fait valoir Mme Blais.

Pour une relance économique inclusive

La crise a mis en lumière le travail essentiel et prédominant des femmes dans les métiers de soin (réseau de la santé, action communautaire). Elle a aussi affecté principalement les femmes en termes de pertes d’emplois puisqu’elles sont également plus présentes dans les secteurs les plus touchés (hébergement, tourisme, restauration, services).

« Les femmes sont au front depuis le début, notamment en éducation et en santé. Les mères monoparentales sont les plus touchées […] soit qu’elles ont perdu leur emploi ou soit qu’elles sont en triples emplois lorsqu’elles travaillent en santé. […] Pour la relance, on souhaite que le gouvernement s’en préoccupe et qu’on aille au-delà des projets d’infrastructures prévus qui font principalement travailler les hommes. Actuellement la relance se fait sans les femmes », fait valoir Mme Blais.

Le manque de places en garderie

En collaboration avec l’Association féminine d’éducation et d’action sociale de la région (AFEAS), la TCMFM a tenu le 19 février dernier une action de mobilisation visant à donner la parole aux mères monoparentales de la région aux prises avec une difficile conciliation travail-famille et un problème criant de manque de places en garderie.

La Mauricienne Fanny Massé, mère d’une fille de 14 mois, fait partie de ces femmes qui ont écopé des conséquences de la pandémie. Après avoir dû attendre plus de 2 ans pour obtenir une place en service de garde, celle-ci a pris la décision de mettre son expertise en communications au service des autres parents de la région qui peinent à trouver une place pour leurs enfants en garderie. Elle a ainsi créé un groupe Facebook qui cumule maintenant plus de 300 abonné.es.

Karine Lord, mère d’une fille de 13 mois et demi a témoigné elle aussi : « Je n’ai plus aucune autonomie financière, je suis complètement dépendante financièrement de mon mari. […] Il devrait y avoir des places pour tous les enfants en garderie, comme il y a de la place pour chaque enfant à l’école. On ne devrait pas avoir à choisir entre fonder une famille ou travailler, car on a besoin travailler pour nourrir notre famille. On est vraiment angoissées et on a besoin d’aide. »

« Ce qui est clair c’est qu’on ne veut pas revenir en arrière, on ne veut pas revenir aux jours où la place des femmes était uniquement à la maison à s’occuper des enfants. », conclut Mme Blais, appelant les décideurs politiques à inclure les femmes dans la relance alors que le dépôt de budget du Ministère des Finances est prévu pour le 10 mars.

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