Par Réjean Larocque, avril 2017

C’est bien sûr à Trois-Rivières que le premier poste de traite des fourrures est apparu en Mauricie en 1634. Il est intéressant de noter que c’est à peu près à la même date que naissait, à Paris, le fameux Pierre Esprit Radisson. On croit qu’il a dû arriver à Trois-Rivières vers 1645, donc très jeune. Nous sommes en pleine période de raids Iroquois qui disputent, entre autres aux Atikamekw, le contrôle de la traite des fourrures dans la vallée du St-Laurent. Heureusement, la Grande paix de Montréal est conclue en 1701 entre Français et une quarantaine de nations amérindiennes dont la ligue des Cinq Nations Iroquoises. C’est donc dans une atmosphère de relative détente et quiétude que progressera la traite des pelleteries au cours du XVIIIe siècle.

« La véritable pénétration blanche de l’arrière-pays mauricien ne débutera qu’après la conquête anglaise lorsque les grandes compagnies de traite – Compagnie du Nord-Ouest, Hudson’s Bay Company, Postes du Domaine du Roi – se mirent à ouvrir des comptoirs à Rivière-aux-Rats, Kindendatch, Vermillon, Weymontachie, La Tuque, Coucouache, Obedjiwan, Paskagama, Manouane, etc. », nous indique l’historien M. Pierre Thiffault.


Seule présence blanche dans un univers autochtone, le poste de traite agissait comme un pôle rassembleur. À tout moment de l’année de petits groupes d’Amérindiens y passaient s’approvisionner en outils, munitions, farine, couvertures, poursuit M. Thiffault. Une La Mauricie et la traite des fourrures multitude de tentes s’installaient alors aux abords du poste. On en profitait pour se marier, conclure des alliances, célébrer des retrouvailles, se faire bénir par le missionnaire. Les produits de la chasse d’hiver – castors et rats musqués surtout, mais aussi martres, visons, loutres, ours et autres – étaient portés au comptoir. Ainsi, le crédit de l’année précédente s’en trouvait remboursé et celui de l’année prochaine avancé ! »

Lors de leurs passages aux postes de traite des fourrures, les autochtones installaient une multitude de tentes aux abords de ceux-ci comme en témoigne cette photo prise en 1913 à Wemotaci (Weymontachingue). Crédits : Archives du Séminaire de Trois-Rivières, cote : 0061-028-12. Photographe : J. C. Audet, Montréal.

« Les commis s’exprimaient en langue amérindienne mais aucun argent ne circulait. La valeur marchande de chaque article s’établissait plutôt en « pelu » qui servait d’étalon. Un pelu correspondait à une fourrure de type «castor parfait». De là, la valeur d’un stock entier de pelleteries pouvait être évaluée à 400, 500, 600 pelus, etc., renchérit-il. Finalement la Hudson’s Bay Company absorba en 1821 la Compagnie du Nord-Ouest et racheta en 1832 les droits de location du Domaine du Roi. Sa suprématie sur le territoire devint alors complète. En Haute- Mauricie elle allait perdurer jusqu’au tournant du XXe siècle, moment coïncidant avec la ruée des compagnies forestières, la construction du chemin de fer et l’érection de barrages, autant d’activités en opposition, par leur nature destructive, à une économie de trappe et de chasse.

Ces activités allaient créer un marché beaucoup plus prometteur que la fourrure… pour les populations non autochtones. Ces dernières vivront la transition non sans grandes difficultés. Elles en souffrent toujours.

* Cet article soutire des passages importants d’un autre intitulé « Les postes de traite en Mauricie » publié en décembre 2000 dans la revue Le Rabaska (Appartenance Mauricie) sous la plume de M. Pierre Thiffault que nous remercions de nous avoir gé- néreusement accordé l’autorisation de procéder ainsi.

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