Par Claude Lacaille, Comité de solidarité de Trois-Rivières, mai 2017

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L’article qui suit se base sur le livre de Stephen Gowans, auteur canadien et analyste de l’actualité internationale. La longue guerre de Washington en Syrie (Washington’s Long War on Syria). Le point de vue avancé est donc celui de l’auteur. La publication de ce texte a pour but de présenter une réflexion sur les motivations américaines et sa légitimité à mener cette guerre et ne constitue en rien une défense du régime de Bashar Al-Assad.

Donald Trump vient de lancer des dizaines de missiles sur un aéroport syrien en riposte à une attaque à l’arme chimique qu’aurait perpétrée Bashar Al-Assad. La vérité, c’est que les États-Unis mènent une guerre acharnée contre le gouvernement syrien depuis 1950. Autant les Bush et les Clinton que Barack Obama se sont alliés aux régimes dictatoriaux de roitelets, d’émirs et de sultans sanguinaires pour combattre l’émancipation des pays du Moyen-Orient. Ils ont créé des monstres sectaires et terroristes, nommément AlQaïda, Al Nosra et Daech, pour déstabiliser ceux qu’ils ont dépeints comme des dictateurs brutaux et cruels. Ils se sont opposés systématiquement aux leaders arabes nationalistes qui luttaient pour leur indépendance économique et politique par un développement d’une économie dirigée par l’État.


L’auteur indique que deux idéologies s’affrontent depuis des décennies en Syrie. Le nationalisme laïque arabe veut unir tous les Arabes indépendamment de leurs appartenances sectaires et se libérer de toute domination étrangère. De son côté, l’islam politique sunnite des Frères musulmans vise la création d’un État islamique sunnite sous l’autorité du Coran. Les Frères musulmans ont mené une lutte à la vie et à la mort contre les « hérétiques » du parti Ba’as syrien dès son accession au pouvoir en 1963. La Syrie a été soumise à de constantes attaques terroristes plus que n’importe quel autre pays.

Ce livre de Stephen Gowans, publié en mars 2017 chez Baraka Books, (Montréal, 252 pages, en anglais) tombe à point; il est indispensable pour quiconque cherche à comprendre les évènements en Syrie.

Le Ba’as au pouvoir depuis 1963, le parti socialiste de la résurrection arabe, invitait dans son document fondateur tous les Arabes à « lutter de toutes leurs forces pour éliminer toute influence étrangère politique et économique dans leur pays ». De ce fait, la Syrie constitue une menace à l’hégémonie américaine dans le monde arabe. Elle s’oppose à l’existence d’Israël comme puissance coloniale illégale, elle appuie la lutte de résistance des Palestiniens, elle réclame le droit à l’autodéfense et s’est opposée à l’invasion de l’Irak.

A contrario, poursuit Gowens, les objectifs des États-Unis au Moyen-Orient sont la consolidation d’Israël comme puissance militaire dominante, le contrôle de l’Irak et de ses ressources pétrolières, l’éviction de la Russie comme concurrent et la création d’un espace de libre marché ouvert aux entreprises américaines dans toute la région. Après l’assassinat des leaders du Ba’as, Saddam en Irak et Kadhafi en Libye, Bashar Al-Assad reste l’ennemi à abattre.

Jusqu’à récemment, Washington faisait la guerre à la Syrie par le biais de ses alliés dans la région, Israël en particulier. En 2003, les États-Unis et l’Union européenne ont imposé un blocus économique à la Syrie qui a causé un tort énorme, provocant une hémorragie financière et une suspension des services de santé et d’éducation dans certaines zones du pays. Même l’aide humanitaire n’arrivait plus à cause de l’embargo. L’état de siège qui a causé la mort de milliers de personnes par la famine et la maladie est devenue une arme de destruction massive contre le peuple syrien.

En 2011, profitant du Printemps arabe qui réclamait la démocratie dans les dictatures de la région, les États-Unis financèrent les Frères musulmans pour susciter une insurrection. L’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et la Jordanie, avec les services d’intelligence américains, ont entraîné et armé des milliers de combattants. La révolte fut dirigée par Al-Qaïda et les Frères musulmans. Pour l’auteur, l’existence d’une opposition modérée en Syrie est un grossier mensonge. Après 6 ans de guerre, la moitié de la population est déplacée et des millions de personnes ont pris la route de l’exil. Le pays est entièrement détruit.

En s’acharnant sur le gouvernement d’Assad, en le diabolisant et en l’accusant de crimes horribles, on cherche, conclut Stephen Gowens, à donner aux Américains l’illusion de faire partie de l’empire du bien. Il est urgent, soutient-il, de créer un front de résistance pour stopper ces agressions impérialistes et faire en sorte que le gouvernement canadien cesse d’appuyer un tel carnage en collaborant militairement avec Israël et l’Arabie saoudite.

 

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