Par Roger Kemp, Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, tribune des lecteurs, mai 2017

Ainsi donc ceux qui revendiquent publiquement leur identité québécoise seraient assimilables à des courants d’extrême droite européens semblables à ceux qui ont prévalu dans le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale? C’est du moins ce que laisse entendre madame Valérie Delage dans l’édition du 31 mars dernier de ce journal. Faire un parallèle entre le nationalisme québécois et les mouvements d’extrême droite européens est d’un manque de rigueur intellectuelle sans nom.

Alors que la destinée des francophones d’Amérique du Nord s’est jouée depuis quatre cents ans selon une trame de complicité remarquable avec les Premières nations, et qu’au cours des siècles, elle s’est caractérisée par l’accueil de multiples vagues d’immigration, alors que notre état de minoritaires sur le continent a fait en sorte que notre peuple a dû surmonter l’adversité et bien des humiliations pour assurer sa survie, ce qui est toujours le cas, ne voilà-t-il pas que cette lutte patriotique et légitime pour durer aurait des relents de nazisme? C’est un peu fort la dose.

Alors que le Québec est l’État sur ce continent où le partage de la richesse est le plus équitable, nous voilà aujourd’hui la cible d’une violence symbolique et culturelle qui vise à ramener l’identité québécoise à un non-être au profit d’une soi-disant « diversité » et d’une soi-disant « inclusivité » bien pensantes et communautaristes qui sont l’antithèse du vivre ensemble.

Notre parcours historique, nos luttes, notre résistance, nos valeurs communes de tolérance, de démocratie et d’égalité ont fait de nous en terre d’Amérique une exception sociale dont nous sommes fiers et que nous souhaitons partager avec les nouveaux arrivants.

Le Québec a contribué de façon magistrale à la diversité de l’Amérique du Nord. Il n’y a aucune comparaison possible à faire entre le nationalisme et l’obscurantisme historique d’une certaine Europe et celui légitime du Québec. La nation n’est pas une tare en soi; son émergence en tant qu’entité politique a permis aux peuples de se libérer des poids du féodalisme et de l’iniquité des régimes monarchiques. Jaurès, cette grande figure de la justice sociale, n’opposait pas l’émancipation des hommes avec la reconnaissance de la nation. Bien au contraire, il y voyait même un continuum. En effet, cet artisan de la paix militait pour que « tous les individus aient toute leur force de pensée et que toutes les nations aient leur force originale, leur génie et leur faculté propre de développement.»

L’identité nationale ne saurait donc se ramener à une simple question de confiance. Elle s’appuie d’abord sur l’expérience historique de chaque société, sur ce qui fait qu’une culture a son génie propre et qu’il n’est pas interchangeable avec celui d’une autre culture.

C’est parce que nous savons que notre développement ne sera jamais mieux servi que par nous-mêmes que nous voulons nous affirmer pour ce que nous sommes et pour ce que librement nous deviendrons. Pour participer au concert des nations, pour pouvoir encore dé- ployer notre tolérance et notre générosité, il faut d’abord exister. Pour s’ouvrir à l’autre, il faut être capable de se nommer soi-même. La culture et l’identité québécoises doivent être le fondement de notre État et de ses institutions.

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