Alain DumasAlain Dumas, économiste, mai 2018

Trump est-il contre le libre-échange ? À y regarder de plus près, il semble plutôt contre les accords de libre-échange, et non contre la libéralisation de l’économie mondiale. Alors, que recherche vraiment Trump dans sa croisade contre les accords en vigueur ?

Pour être contre le libre-échange, encore faudrait-il que le vrai libre-échange fondé sur des relations justes et équitables entre les peuples ait vraiment existé, ce qui n’est pas le cas. La plupart des accords signés depuis les années 1990 sont des chartes de droits des multinationales, qui permettent à ces dernières de poursuivre un État qu’elles jugent contraire à leurs intérêts. D’autre part, en dépit des dizaines d’ententes signées par les États‑Unis, ces derniers ont continué à subventionner leurs géants agricoles à hauteur de 15 milliards $ par année, alors qu’ils accusent eux-mêmes des pays comme le Mexique, la Colombie et le Vietnam de faire du dumping (vendre en bas du prix coûtant) sur le marché mondial.

En fait, ce que Trump veut, c’est rendre les accords de libre-échange encore plus extrêmes, comme ses prédécesseurs l’ont fait, en forçant les autres pays à libéraliser davantage leur économie et leur commerce, de sorte que les multinationales américaines puissent rivaliser avec leurs concurrentes étrangères. C’est pourquoi la stratégie actuelle des États-Unis, qui consiste à éradiquer tout ce qu’ils considèrent comme de la « concurrence déloyale », vise la reconquête ou le maintien de la domination américaine dans les services moteurs de l’économie (intelligence artificielle, services financiers et informatiques), là où les Chinois, les Indiens et d’autres font des percées importantes.

Réduire le rôle de l’État

Ce qui a changé avec Trump, c’est le ton : plus guerrier, moins diplomate. Cette stratégie passe par des menaces de mettre fin aux accords de libre-échange en vigueur (comme l’ALENA), puis par des tarifs douaniers punitifs aux industries qui bénéficieraient d’un quelconque support de l’État.

À preuve, les États-Unis réclament l’élimination du système de gestion de l’offre dans le domaine agricole au Canada. Les récentes taxes imposées au bois et au papier canadien ne sont qu’une autre illustration de la volonté américaine d’éliminer le système de la gestion publique de nos forêts. La plainte de Boeing contre Bombardier ne visait qu’à réduire le rôle des sociétés d’État (comme la Caisse de Dépôt), lesquelles ont été créées pour soutenir le développement d’une petite économie comme celle du Québec. À la limite, la fronde américaine pourrait remettre en question les crédits d’impôts accordés au fonds de travailleurs (FTQ, CSN), parce que ces derniers investissent dans les petites entreprises. Ces crédits d’impôt seraient considérés comme des subventions déguisées, donc comme de la concurrence déloyale.

Le libre-échange ne devrait jamais être une doctrine de marchandisation absolue. Il devrait se faire à certaines conditions, dont celle de préserver les différences culturelles et sociales des nations, en leur accordant le droit de recourir à leur État. C’est pourquoi les accords devraient prévoir des alternatives aux pertes d’emplois qui découlent du libre-échange. Enfin, il faudrait éliminer les clauses qui autorisent les multinationales à poursuivre les États afin de respecter la souveraineté des peuples.

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