Réal Boisvert, octobre 2015

real-transAussi longue qu’elle ait été, la campagne électorale aura eu du bon. Elle aura permis de lever le voile sur trois enjeux de société qui, nous semble-t-il, ne risquent pas de disparaître des écrans radars au cours des prochains mois.

En premier lieu, sans qu’aucun parti n’ait démontré comment résoudre la question, les dernières semaines ont permis de lever le voile sur la hauteur des sommes qui sont détournées dans les paradis fiscaux. Les évaluations les plus prudentes nous ont confirmé qu’il y a au moins 47 milliards $ de capitaux québécois qui échappent au fisc. Pour l’ensemble du Canada, il s’agit de 250 milliards $ de capitaux canadiens. Ce n’est pas rien. Pendant qu’au palier fédéral on coupe les vivres à Radio-Canada et qu’au Québec on gosse sur l’aide aux devoirs, on laisse filer à l’étranger des montants faramineux. Il est urgent que l’État retrouve ses droits. Le temps est venu de sonner la fin de la récréation à tous ces millionnaires en gougounes qui se cachent à la Barbade, aux îles Cayman ou ailleurs. Et preuve de bonne volonté, on pourrait tout autant, un coup parti, lever le voile sur le travail au noir… Il y a là beaucoup d’argent qui échappe au trésor public. Et au bout du compte, une chose est certaine, bien avant le Plan nord ou l’encombrement de nos champs et de nos cours d’eau par les tuyaux d’Énergie Est, s’il est un chantier qui devrait dynamiser notre économie poussive, c’est bien celui de faire fonctionner à sa juste mesure notre système fiscal.

En deuxième lieu, la campagne électorale aura été l’occasion de lever le voile sur un sujet inattendu. On aura assisté à la levée d’un immense rideau sur quelque chose qui n’est pas beau à voir du tout. À Montréal, huit milliards de litres d’eau de toilette, de rinçures et autres matières déversées dans le fleuve, sans compter ailleurs au Québec toutes ces installations bancales qui débordent à la moindre averse. Voilà qui s’appelle se faire mettre le nez dans son caca. Et cette fois-ci, il y a non seulement un devoir d’État pour s’assurer du bon fonctionnement des égouts; il y a une prise de conscience et une inclinaison morale à bien comprendre qu’au-delà de l’hygiène personnelle, nos petits besoins du matin ne s’évaporent pas dans la nature. Personne ne devrait donc rouspéter pour payer le prix qu’il faut afin de protéger nos cours d’eau.

À l’instar d’un petit caillou dans le soulier, le voile n’a de cesse de nous empoisonner l’existence : scènes disgracieuses ou grotesques, propos excessifs, parfois haineux, inconforts à répétition, malaise généralisé, etc. Il faudra bien régler cette question un jour. Autant s’y résoudre.

Et puis, pour finir, pour le moins, la campagne électorale aura remis le port du voile islamique à l’avant-scène. D’aucuns se foutent carrément de cette question. À peine 60 cas, tout au plus, sur l’ensemble du pays, disent-ils. Peut-être. Sauf qu’à l’instar d’un petit caillou dans le soulier, le voile n’a de cesse de nous empoisonner l’existence : scènes disgracieuses ou grotesques, propos excessifs, parfois haineux, inconforts à répétition, malaise généralisé, etc. Il faudra bien régler cette question un jour. Autant s’y résoudre. Et il faut certes le faire avec tous les moyens légaux dont on dispose. Mais en même temps, sans retomber dans le mou de la Commission Bouchard-Taylor, ne pourrait-on pas accroitre nos efforts de communication auprès des nouveaux arrivants et des communautés culturelles ? Il ne serait pas déplacé de rappeler, dans un mouvement significatif de pédagogie collective, qu’il est d’usage dans une société de droit de ne pas dissocier l’égalité et l’identité. Et qu’on n’a pas à ce jour d’autre moyen de reconnaître l’identité d’une personne que de passer par les traits de son visage. Que ce même visage est le fondement du fonctionnement égalitaire des rapports sociaux et non pas un objet accessoire qu’il faut cacher suivant un caprice personnel ou un motif religieux.

Voilà trois enjeux en fin de compte qui nous ramènent aux vraies affaires : l’économie, l’environnement et la citoyenneté.

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