Mariannick Mercure, novembre 2014

La forte présence syndicale (40%) au Québec est-elle favorable ou préjudiciable à la qualité de vie des Québécois et Québécoises?  Certains décrient la présence syndicale affirmant qu’elle constitue un frein pour l’économie québécoise et est un facteur d’injustice intergénérationnelle. D’autres, par contre, considèrent qu’un fort taux de syndicalisation permet un partage plus équitable de la richesse et contribue à la stabilité du marché du travail. La Gazette de la Mauricie donne la parole à des tenants des deux points de vue.

Éric Duhaime, animateur, chroniqueur et auteur

photo éric duhaime copy  « Le problème avec le corporatisme syndical, au Québec, c’est qu’il se mêle de politique. Avec un milliard de dollars de cotisations obligatoires par an, souvent utilisé pour faire avancer des idées politiques, le mouvement syndical est devenu le plus puissant lobby au Québec, et de loin. Les syndicats se positionnent sur toutes sortes de questions politiques : carrés rouges, Israël, etc., pourtant la majorité des travailleurs n’appuient pas nécessairement les causes défendues. Selon moi cette manière de fonctionner est antidémocratique »

« Ils demandent aux moins fortunés de payer pour les autres. La loi 3 est un bon exemple : ce sont des « boomers » qui peuvent toucher leur retraite à 70 % de leurs salaires… à partir de 46 ans! »

« Il y a aussi le problème du manque de transparence. La commission Charbonneau a démontré que les syndicats ne sont pas blancs comme neige, notamment la FTQ construction. Il faudrait que leurs états financiers soient relevés parce qu’actuellement tout ça est très obscur. »

« La réalité économique d’aujourd’hui, c’est aussi « l’industrie du savoir » et les syndicats sont mésadaptés à cette nouvelle réalité : avec le travail à la pige sans régime de retraite, on est payé au résultat, pas à l’heure.»

« Il y a deux solutions selon moi : soit on donne la liberté aux travailleurs de s’associer ou non, soit on évacue le volet politique, leur donnant alors le choix de le financer, ou pas. »

Paul Lavergne, président du Conseil central Coeur du Québec (CSN)

photo paul lavergne copy

« Avec les écarts de richesse grandissants, les syndicats ont plus que jamais leur place au Québec. Exercer son droit d’influence sur les choix politiques de nos gouvernements, c’est un droit fondamentalement démocratique. D’ailleurs c’est suite aux revendications syndicales que la loi sur l’équité salariale – à travail égal, salaire égal- a été adoptée. Un progrès énorme pour la rémunération des travailleuses québécoises. Et ça ne fait pas si longtemps!

« La démocratie, c’est bien plus que d’aller voter aux quatre ans, c’est le pouvoir du peuple. C’est la possibilité d’être consulté comme citoyens-nes et comme cela que fonctionnent  les syndicats.  Toutes les décisions sont prises par résolution en assemblée générale des membres. C’est d’ailleurs les membres qui décident des interventions politiques et des dossiers que nous mettons de l’avant. »

« Le gouvernement Harper voulait faire adopter une loi sur la transparence des syndicats.  Pourtant nos états financiers sont présentés annuellement à nos membres et les budgets sont votés en assemblée… ce sont des OSBL les syndicats! Pourquoi le gouvernement Harper n’a-t-il pas les mêmes exigences à l’égard des  autres regroupements et associations canadiennes? »

« Le gouvernement actuel leurre la population dans de faux débats afin de passer ses lois illégitimes. L’attaque qui est faite présentement sur les régimes de retraite avec la loi 3 touche le droit à la libre négociation, inscrite dans la loi du travail. Mais la majorité des régimes vont bien! Je crois plutôt que le gouvernement veut donner aux villes les moyens de couper dans leurs dépenses en diminuant les conditions de travail des gens afin de récupérer les pertes qu’elles viennent de subir avec le nouveau pacte fiscal. Des coupures de 300 millions je vous rappelle! »

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