Magali Boisvert, août 2019

J’ai rencontré Safia Nolin dans la cour du Musée Pop, au beau soleil, avant son test de son pour le Festivoix. Moments clé d’une rencontre allumée et sympathique.

Magali : Safia Nolin, salut. Première question : ça va bien ?  

SN : Oui, full ! Ça va vraiment bien.

M : On a beaucoup parlé de toi dans les dernières années et on a placé beaucoup de mots sur toi, mais on ne t’a pas laissé beaucoup d’occasions de te présenter toi-même.

SN : True that !

M : Comment est-ce que tu te présenterais, aujourd’hui ? 

SN : Ah, crime ! Moi, dans le fond, je fais de la musique. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup chiller, pis la nature. Mon père est arabe, ma mère est québécoise, pis je suis végétarienne depuis 15 ans. C’est pas mal ça !

M : Safia, comment est-ce que tu décrirais ton son à quelqu’un qui ne l’a jamais entendu ?

SN : Au début, c’était pour moi de l’espèce de folk triste, c’est ça que je disais. Là, c’est un peu comme du folk triste un peu plus grunge, fait que c’est plus du « stoner folk triste ». Je trouve pas que c’est 100% du folk, c’est pas de la chanson française, c’est pas de l’indie… En même temps, je pense que les catégories de musique, c’est un peu désuet.

safia nolin
Safia Nolin dans la cour de la vieille prison du Musée POP, dans le cadre du Festivoix.
Crédits : Magali Boisvert

M : Tu as dit en entrevue que ton dernier album, Dans le noir, tu l’avais un peu écrit pour toi-même, comme s’il n’était pas attendu. Qu’est-ce que ça fait, maintenant, de le jouer devant des gens ?

SN : C’est plus intime que le premier, personnellement. Tout ce que je pensais qui aller arriver avec mon deuxième album, c’est pas ce qui est arrivé. Je pensais que soit ça allait vraiment bien marcher, comme le premier, ou que ça allait pas marcher du tout, pis là, je suis comme pognée dans un in-between où ça marche correct ! J’ai l’impression que c’est un album qui s’adresse aux bonnes personnes. Je pense qu’avant, il y avait beaucoup de gens qui venaient voir mes shows parce qu’ils étaient curieux, comme si j’étais une bête de cirque un peu. Mais je pense qu’avec ce deuxième album là, y’a une trâlée de gens qui ont fait « Bah, c’est trop intense », parce qu’il est plus dark, il est plus charnu émotionnellement, plus introspectif encore.

M : Est-ce que les salles se ressemblent entre ton premier et ton deuxième album ?

SN : Y’a moins de monde ! Bon, là, j’entre dans un autre sujet, mais la scène franco, ça va vraiment pas bien… En 2018, pour moi, je pense qu’ils ont enregistré une baisse de comme 50% des billets, c’est vraiment beaucoup[1] ! Par exemple, j’ai fait Maisonneuve en 2017, c’est comme 1400 places, je pense en avoir vendu 1200, pis là, l’année d’après, avec des billets moins chers, au théâtre Outremont, c’était 700 places, et j’ai eu de la misère à le remplir !

Pour moi, ce qui est excellent, c’est les petites salles, où j’ai l’impression d’être en conversation avec le monde, littéralement, dans mes tounes, pis d’être vraiment connectée avec eux plutôt que de jouer dans des énormes salles.

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M : Tu dis que c’est difficile en ce moment pour les artistes francophones, mais en plus, tu es une femme. Est-ce que tu sens que c’est doublement difficile de rejoindre ton public ? 

SN : Fucking ! Oui, on n’en parle jamais de ça, mais moi, le public masculin, je suis pas capable de le reacher, parce que je suis une fille. Pis je sais que je fais pas de la musique « de fille », parce que la musique « de fille », ça existe pas. Je le vois dans mes shows, tsé. Par exemple, Les Louanges, son public est 50/50; moi, mon public est plus des filles, les Sœurs Boulay, c’est presque juste des filles. Pourquoi ? Parce qu’un gars qui dit « Ouais, moi je tripe vraiment sur les Sœurs Boulay », ben les chums autour de lui sont comme « Ben voyons donc ! T’es-tu fif ? » ! Y’a cette espèce de pression-là pour les « dudes » d’écouter de la musique de « dude ». Je trouve ça déprimant à souhait.

M : Les artistes féminines qui chantent sur les séparations et sur l’amour sont souvent critiquées comme étant enfantines et puériles, comme Taylor Swift, alors que les chansons d’amour d’hommes sont célébrées comme sensibles. Est-ce que tu sens ce clivage-là avec ton deuxième album, qui aborde ces thèmes d’amour ?

SN : Non, pas tant, parce que moi, je suis déjà étiquetée comme la fille triste déprimée. Mais on pourrait coller ça sur toutes mes amies de filles qui font des tounes là-dessus. Pis moi, aussi, ce qui me sauve, ce qui est aussi triste, c’est que je suis pas une « belle » fille hétérosexuelle. Tsé, Salomé Leclerc, que je respecte énormément, qui fait de la musique incroyable, pis qui est aussi belle… Le nombre de personnes qui m’ont dit qu’ils la trouvaient belle pis qu’elle jouait donc ben bien, pis que c’était hot, une fille qui joue de la guit’, pis que j’avais juste envie de dire : Sa musique est bonne, point !

Safia Nolin sera de passage à la salle Denis-Dupont, à Sainte-Geneviève-de-Batiscan, le 13 septembre prochain. Les billets sont disponibles au https://lepointdevente.com/billets/safianolin.

Amours mauriciens de Safia Nolin
Scènes préférées en Mauricie ?
L’église Saint-James à Trois-Rivières, le Rond Coin à Saint-Élie-de-Caxton : « C’était tout petit, c’était une mini yourte, mais j’ai vraiment aimé ça ! »
Meilleures bouffes en Mauricie ?
Le Café Frida : « J’ai adoré ça ! Je m’enligne pour aller manger là tantôt… »
Meilleurs souvenirs de la Mauricie ?
« Une fois, j’étais venue au Festivoix, je jouais pas encore, j’étais avec Groenland, qui jouait après Philippe Brach, Mac DeMarco, pis Half Moon Run ! C’était malade, deux dudes de Groenland s’étaient jetés dans le fleuve ! Moi, je trouve ça dégueulasse, je me baignerais jamais dans le fleuve ! C’est mon meilleur souvenir de la Mauricie. »
Des artistes de la Mauricie que t’aimes ?
Fred Pellerin, Antoine Corriveau : « Antoine, c’est un de mes grands amis, je vote pour lui ! »

 

[1] Note de la rédaction : On recensait en 2017 une baisse de fréquentation des spectacles de chanson francophone de 19% alors que la chanson anglophone voyait sa fréquentation augmenter de 19%. Source : http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/culture/bulletins/optique-culture-61.pdf

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